LIVRE TROISIKME. aai
partisse point; mais Lorcn/.ino se contenta de dire : « Benvenuto, tu ferais mieux de rester. )> Lui ayant répondu que j'étais absolument décidé à regagner Rome, il n'ajouta pas un seul mot, et ne cessa de regarder le duc d'un œil sinistre.
(lommc j'avais amené le modèle de sa médaille au point que je désirais, je le serrai dans sa boîte et je dis au duc : « Signore, ne soyez point fâché, car je vous ferai une médaille beaucoup plus belle que celle du pape Clément, et cela doit être, car c'était la première que j'eusse jamais faite. Messer Lorenzino, qui est un homme d'esprit et de savoir, me donnera un beau sujet pour le revers. » A ces mots, Lorenzino s'écria : « En effet, je ne pensais point à autre chose qu^à te donner un revers digne de Son Excellence. » Le duc le regarda en souriant et lui dit : « Lorenzino, vous lui donnerez le revers, il le gravera ici et il ne partira pas. — Je le ferai le plus promptement possible, répliqua Lorenzino avec vivacité, et j'espère que je ferai une chose qui émerveillera le monde. » Le duc, qui le tenait tantôt pour un peu fou, tantôt pour un poltron, se mit à rire et se retourna dans son lit. Je me retirai sans plus de cérémonie, et je les laissai seuls ensemble.
Le duc, qui ne croyait pas que je le quitterais, n'insista pas davantage. Quand il apprit ensuite que j'étais parti, il m'expédia un de ses serviteurs qui me rejoignit à Sienne et me remit cinquante écus d'or de la part de Son Excellence, en me disant de les dépenser pour l'amour d'elle, et de revenir le plus tôt possible. Le messager ajouta : « Messer Lorenzino m'a chargé de te dire qu'il te prépare un revers merveilleux pour la médaille que tu veux faire. »
J'avais laissé à Pietro Pagolo, mon élève romain, les instructions nécessaires pour la frappe des monnaies; mais, comme c'était une tâche très difficile, il ne s'en acquitta jamais très bien. La Monnaie resta me devoir plus de soixante écus sur le prix de la façon de mes coins.
Arrivée à Rome. — Attaque nocturne.
En partant pour Rome, j'emportai cette superbe arquebuse à rouet que le duc m'avait donnée. Plusieurs fois pendant le voyage je m'en servis avec grand plaisir. Je faisais avec cette arme des choses vraiment incroyables.
J'avais à Rome unepetite maison dans la rue Giulia; mais, comme elle n'était pas en ordre, je débarquai chez messer Giovanni Gaddi, clerc de la chambre, à qui, lors de mon dernier départ, j'avais laissé en garde mes armes précieuses et une foule d'objets auxquels je tenais particulièrement. Ne voulant point descendre à ma boutique, j'envoyai chercher mon associé Felice, et je le priai de veiller à ce que l'on arrangeât bien ma petite maison. Le lendemain je m y rendis avec l'intention d'y coucher, après avoir eu soin de me munir d'habillements et de tout ce qui m'était nécessaire pour aller, le matin suivant, remercier le pape. J'avais deux jeunes domestiques ; ma cuisine était faite très proprement par une lavandière qui était ma voisine.