‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 103 sur 275 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

nouillai de nouveau, je remerciai Sa Sainteté du saulconduit qu'elle m'avait accordé, et je lui déclarai que j'en profiterais pour regagner Florence, où mon duc m'attendait avec tant d'impatience. A ces mots, le pape se tourna vers un de ses favoris et lui dit : « Que Benvenuto soit gracié sans aller en prison. Qu'on lui délivre son motuproprio. » Dès que cet acte fut rédigé, le pape le signa et le fit enregistrer au Capitole. Enfin, le jour de la fête de Notre-Dame, je suivis la procession entre deux gentilshommes, et j'eus ma grâce complète.

Maladie.

Quatre jours après, je fus attaqué d'une fièvre violente et d'un frisson terrible. Je me mis au lit, et je jugeai de suite que le cas était mortel. J'appelai les premiers médecins, et entre autres Francesco de Norcia, qui exerçait depuis longtemps, et qui était le plus en crédit à Rome. Je leur dis à quelle cause j'attribuais ma maladie ; j'ajoutai que j'avais voulu me faire saigner, mais qu'on m'en avait dissuadé, et je les priai de me tirer du sang, s'il en était temps encore. Maestro Francesco me répondit qu'il était trop tard, que, si l'on s'y était pris plus tôt, je n'aurais pas eu la plus légère indisposition, et que maintenant il fallait avoir recours à un autre moyen. Malgré le soin et le savoir avec lesquels les médecins me traitèrent, le mal empira si rapidement, qu'au bout de

huit jours ils désespèrent de ma gucrison et ordonnèrent de ne rien me refuser de ce que je leur demanderais. Cependant maestro Francesco dit : « Tant qu'il aura le souffle, appelez-moi à quelque heure que ce soit, parce qu'on ne peut deviner ce que la nature est capable d'opérer chez un tel jeune homme. S'il vient à perdre connaissance, administrez-lui ces cinq remèdes Tun après Tautre et envoyez-moi chercher; j'accourrai à toute heure de la nuit, car j'aurais plus de plaisir à sauver Benvenuto que n'importe quel cardinal de Rome. »

Messer Giovanni Gaddi me faisait deux ou trois visites par jour, et chaque fois il prenait tantôt mes belles escopettes , tantôt mes cottes de mailles, mes épées, mes modèles et autres objets; et il ne cessait de dire : « Cela est beau, ceci est encore plus beau, » ce qui m'ennuyait au plus haut point. Il était toujours accompagné d'un certain Mattio Franzesi, qui paraissait aussi attendre ma mort avec la dernière impatience, non pour hériter de moi, mais pour voir messer Giovanni s'emparer de ce qui semblait lui tenir tant à cœur. Mon associé Felice me prodiguait tous les soins qu'un homme peut donner à un autre.

La nature était arrivée chez moi à un tel état d'affaiblissement et de prostration, que je n'avais plus la force de respirer; mais j'avais la tête aussi libre et aussi vigoureuse que si je n'eusse pas été malade.

Tandis que je jouissais de tout mon bon sens, je voyais s'avancer vers mon lit un vieillard d'un aspect terrible, qui voulait m'entraîner avec violence dans une énorme barque. Alors, j'appelais mon Felice et je le suppliais de s'approcher de moi et de chasser ce vieux coquin. Felice, qui m'était toutdévoué,accourait en pleurant et s'écriait:

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