‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 106 sur 275 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

lioration qu'il remarqua chez moi, aux pleurs de la servante, aux allées et venues de Tapprenti et aux rires de Felice, il devina qu'il s'était passé quelque chose d'extraordinaire.

En même temps arri\ a ce maestro Bernardino, qui, au commencement de ma maladie, n'avait pas voulu me saigner. Maestro Francesco, qui était un très habile homme, ne put s'empêcher de s'écrier : « Oh! puissance de la nature ! elle connaît ses besoins et les médecins ne s'en doutent pas. — S'il avait bu une bouteille de plus, il aurait été guéri sur-le-champ, » reprit cet écervelé de maestro Bernardino. « C'eût été un grand malheur, et je souhaite que Dieu vous l'envoie, lui répliqua maestro Francesco, qui était un homme âgé et d'une haute expérience »; puis il se tourna vers moi et me demanda si j'aurais pu boire davantage. « Non, lui répondis-je, car je n'avais plus soif. » Alors il s'adressa à maestro Bernardino et lui dit : « Vous vo3^ez bien que la nature avait pris juste ce dont elle avait besoin, ni plus, ni moins. C'est elle aussi qui parlait quand ce pauvre jeune homme demandait à être saigné. Si vous saviez que deux bouteilles d'eau lui auraient rendu la santé, pourquoi ne l'avoir pas dit plus tôt ? Vous en auriez eu toutl'honneur. » A ces mots, le médicastre partit en grognant et ne reparut plus jamais. Maestro Francesco enjoignit aussitôt de me mener sur une des collines de Rome.

Le cardinal Cornaro, a3^ant été instruit de mon rétablissement, me fit conduire à un palais qu'il avait à Monte-Cavallo. On m'y transporta avec soin le soir même sur une chaise, bien couvert et chaudement enveloppée, . Dès que je fus arrivé, je commençai à vomir. Il me sor- \ " tit de l'estomac un ver d'un quart de brasse de longueur.

II était hideux, couvert de grands poils et parsemé de taches vertes, noires et rouges. On le conserva pour le montrer au médecin, qui déclara n'avoir jamais rien vu de pareil. Il dit ensuite à Felice : « Maintenant, aie soin de ton Benvenuto. Il est guéri; mais ne lui laisse pas commettre d'excès, car, s'il Ta échappé une fois, il ne s'en sauverait pas une seconde. Tu Tas vu, sa maladie a été si violente qu'on n'aurait pu lui admmistrer les sacrements. A présent, je reconnais qu'avec un peu de patience et un peu de temps, il fera encore quelques beaux ouvrages. » Il se tourna ensuite vers moi et me dit : a Benvenuto mio, sois sage : évite le moindre excès, et, dès que tu seras guéri, je veux que tu me fasses de ta propre main une madone que je prierai pour toi. » Je le lui promis et je lui demandai si je pouvais aller jusqu'à Florence. Il me répondit qu'il fallait prendre un peu plus de forces et voir ce qu'opérerait la nature.

Voyage -à Florence.

Une semaine amena une si faible amélioration dans ma santé, que je devins presque à charge à moi-même : c'est qu'en effet il y avait plus de cinquante jours que j'étais en proie à la souffrance. Je me décidai enfin à partir et je fis tous mes préparatifs. Je pris deux litières, une pour mon cher Felice, l'autre pour moi, et nous nous dirigeâmes vers Florence. Comme je n'avais point écrit

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