‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 108 sur 275 · LIVRE TROISIEME. 23<j · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. 23<j

Le savant maestro Francesco, de Montevarchi, me soignait avec beaucoup de talent. Il m'avait été amené par mon intime ami Luca Martini, qui passait la plus grande partie de la journée avec moi.

Calomnies.

J'avais renvoyé à Rome mon fidèle Felice pour y surveiller mes affaires. Dès que je fus en état de quitter un peu l'oreiller, ce qui eut lieu au bout de quinze jours, je voulus, bien que je ne pusse encore marcher, que l'on me transportât sur la petite terrasse du palais Médicis ; je m'y assis en attendant le passage du duc. Plusieurs courtisans de mes amis vinrent me parler. Ils étaient fort étonnés que, malgré la gravité de ma maladie, j'eusse consenti à me faire transporter d'une manière si pénible. Ils disaient que j'aurais dû attendre ma guérison, puis aller voir le duc. Ils s'étaient groupés en foule autour de moi, et ils me regardaient comme un miracle, moins parce qu'ils avaient reçu la nouvelle de ma mort que parce qu'ils me trouvaient une véritable mine de spectre.

Je racontai devant eux tous comment un misérable scélérat avait dit à monseigneur le duc que je m'étais vanté de vouloir être le premier à escalader les murailles de Florence, et, en outre, que j'avais tenu d'odieux propos sur le compte de Son Excellence. J'ajoutai que je me souciais peu de vivre ou de mourir, tant que je ne me

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serais pas lavé de cette infamie, et que je ne connaîtrais pas le téméraire vaurien qui avait fait ce faux rapport. Pendant que je parlais, quantité de gentilshommes s'étaient rassemblés et me témoignaient un vif intérêt : celui-ci me disait une chose, celui-là une autre. Je leur déclarai que je ne quitterais pas la place avant de connaître mon accusateur.

A ces mots, maestro Agostino, tailleur du duc, s'approcha et dit : « Si ce n'est que cela, tu vas être satisfait à rinstant. » Le susdit Giorgio passait en ce moment, « Voilà celui qui t'a accusé, continua maestro Agostino; maintenant tu sais à quoi t'en tenir. » Bien qu'il me fût impossible de bouger, je demandai fièrement à Giorgio si cela était" vrai. Il le nia et affirma qu'il n'avait jamais rien dit de semblable. « Ah! pendard, s'écria maestro Agostino, ne sais-tu pas que je le tiens de bonne source ? » Giorgio s'éloigna aussitôt en répétant que cela n'était pas vrai, qu'il n'était pour rien là-dedans'. Bientôt le duc parut. Je me fis soulever devant Son Excellence, et elle s'arrêta. Je lui dis que je n'étais venu là que dans le seul but de me justifier. Le duc me regarda et se montra

I. « Il est à remarquer, écrit le signor Carpani, un des annotateurs « de Cellini, que Vasari n'a jamais eu que des éloges pour les ouvrages « de Benvenuto, et même pour ses Mémoires, où il est peint sous de « noires couleurs. » En effet, dans sa Notice sur les Académiciens du dessin, t. X, p. 4 et 5, Vasari dit : « Il me serait facile de m'étendre « davantage sur le compte de Benvenuto, qui, dans toute sa conduite, « s'est constamment montré intrépide, fier, ardent, énergique, terrible, « et non moins audacieux avec les princes que dans ses ouvrages. Mais « je n'en dirai plus rien, attendu qu'il a lui-même écrit sur sa vie et * sur ses ouvrages avec beaucoup plus de méthode et d'éloquence que » je ne saurais peut-être le faire. » — Toutefois, nous croyons avec Baldinucci que Vasari n'avait pas lu les Mémoires de Benvenuto; s"il en était autrement, il faudrait lui supposer une bien forte dose de charité chrétienne, un bien vif amour de rendre le bien pour le mal.

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