LXXXVIII
Retour à Rome. — Aventure de chasse.
A mon arrivée, après avoir consacré quelque temps à me bien divertir avec mes amis, je commençai la médaille du duc. Au bout de peu de jours, j'avais déjà gravé la tête sur acier. C'était le plus bel ouvrage que j'eusse jamais fait dans ce genre. Un solennel imbécile, nommé
Francesco Soderini, qui venait me voir au moins une fois chaque jour, ayant examiné ce que je faisais, me répéta souvent : « Ah! traître! tu veux immortaliser cet enragé tyran, car jamais tu n'as rien produit d'aussi beau. On reconnaît bien à cela que tu es notre ennemi juré et Tami dévoué de ces gens-là. Cependant le pape et ton duc ont voulu deux fois te faire pendre injustement. Telle a été la conduite du père et du fils : maintenant, prends garde au Saint-Esprit » (on tenait pour certain que le duc Alexandre était fils du pape Clément). Messer Francesco continuait en jurant que, s'il pouvait, il me volerait les coins de cette médaille. Je le remerciai de m'avoir averti, parce qu'à l'avenir je les garderais de telle façon qu'il ne les verrait plus jamais.
J'écrivis à Florence à Niccolò de Monte-Aguto de prier Lorenzino de m'envoyer le revers de la médaille. Niccolò me répondit en propres termes que cet insensé et mélancolique philosophe de Lorenzino lui avait assuré que jour et nuit il ne pensait qu'à ce revers, et qu'il le ferait le plus tôt possible. Néanmoins, Niccolò me conseilla de ne pas y compter, d'en composer un moi-même, et, dès qu'il serait terminé, de venir le présenter au duc; que je m'en trouverais bien. J'exécutai donc un dessin sur un sujet qui me parut convenable pour un revers, et je travaillai assidûment à le mettre en œuvre.
Comme je n'étais pas encore parfaitement rétabli de ma terrible maladie, je me livrais souvent au plaisir de la chasse, avec mon escopette, en compagnie de mon cher Felice. Il ne savait absolument rien de mon métier; mais chacun, le voyant jour et nuit avec moi, s'imaginait qu'il était des plus habiles. Mille fois nous rîmes ensemble de la grande réputation dont il jouissait. Comme