‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 117 sur 275 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

bien h SCS compatriotes qu'à d'autres, on devrait cependant savoir comment il faut parier d'un pape. Ainsi, après avoir dit que Clément VII avait été un prince mallieureux et néanmoins le plus magnifique et le plus digne qui eût existé, il a osé prétendre que Votre Sainteté est tout le contraire; que la tiare jure sur votre tête; que vous ressemblez à une botte de paille habillée, et que le bonheur est votre unique mérite. » Ces paroles furent lancées par une langue si savamment perfide, que le pape y ajouta foi. Loin de les avoir dites, je ne les avais pas même pensées. Certes, le pape s'en serait cruellement vengé, s'il l'eût pu sans compromettre son honneur ; mais, en homme d'esprit, il fit semblant d'en rire. Il m'en garda cependant une haine inexprimable, et je ne tardai pas à m'en apercevoir; car je n'entrais plus chez lui qu'avec d'extrêmes difficultés, tandis qu'auparavant toutes les portes m'étaient ouvertes. Comme depuis plusieurs années je connaissais les allures des cours, je devinai de suite que quelqu'un m'avait rendu un mauvais office. Je cherchai adroitement à m'en assurer. On m'apprit tout, excepté le nom de celui qui m'avait desservi. Je ne pouvais m'imaginer quel était mon calomniateur. Si je l'avais su, j'en aurais tiré bonne et complète vengeance.

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Ascanio.

Je travaillai à finir mon livre. Dès que je Teus terminé, je le remis au pape, qui ne put s'empêcher de l'admirer grandement. Je le priai de m'envoyer, selon sa promesse, le porter à l'empereur. Il me répondit qu'il aviserait à ce qui serait convenable, et que, quanta moi, j'avais fait ce qui me concernait : puis, il ordonna qu'on me payât. Je reçus cinq cents écus pour ces ouvrages, auxquels j'avais consacré un peu plus de deux mois. La monture du diamant ne me fut payée que cent cinquante écus; tout le reste me fut donné pour la couverture du livre, qui en méritait plus de mille, car elle était enrichie de figures, de feuillages, d'émaux et de pierreries. Enfin, je pris ce que je pus avoir, et je résolus de quitter Rome. Le pape chargea un de ses neveux, le signor Sforza, de présenter le livre à l'empereur. Sa Majesté fut enchantée de mon travail et s'informa de moi. Mais le jeune signor Sforza, qui avait ses instructions, répondit que je n'avais pu venir, parce que j'étais malade. Tous ces détails m'ont été rapportés plus tard.

Je fis mes préparatifs pour aller en France. J'avais le projet de voyager seul, mais je fus forcé d'y renoncer, à cause d'un jeune ouvrier, appelé Ascanio, qui, pour entrer à mon service, avait abandonné celui d'un orfèvre espagnol, nommé Francisco. Malgré sa jeunesse, c'était le meilleur serviteur du monde. Craignant d'avoir maille à partir avec l'Espagnol, j'avais dit à Ascanio : « Je ne

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