LIVRE TROISIÈME
galant homme que vous; mais ce Francisco, tout au contraire, n'est qu'un infâme gredin. Dites-lui de ma part que, si, avant vêpres, il ne m'a pas lui-même ramené Ascanio à ma boutique, je le tuerai, coûte que coûte. Dites à Ascanio que, s'il n'est pas en route à l'heure que j'ai fixée à son maître, je ne le traiterai guère mieux. »
Don Diego me quitta sans souftler mot et inspira une telle terreur à Francisco, que celui-ci ne savait plus où donner de la tele.
Pendant ce temps, Ascanio était allé chercher son père, qui arrivait de Tagliacozzo, sa ville natale. Quand cet homme eut appris ce qui se passait, il conseilla aussi à Francisco de me ramener Ascanio. Mais Francisco disait à Ascanio : <i Vas-y avec ton père. » Don Diego, de son côté, disait à Francisco : « Je prévois quelque malheur. Tu sais mieux que moi quel homme est Benvenuto. Ramène-lui Ascanio sans crainte^ j'irai avec toi. »
Quanta moi, j'étais prêt. En attendant vêpres, je me promenais dans ma boutique, bien résolu à faire un des coups les plus furieux de ma vie. Sur ces entrefaites parurent don Diego, Francisco, Ascanio et son père, que je ne connaissais pas encore. Dès qu'Ascanio fut entré, je leur lançai à tous un regard courroucé. Francisco, pâle comme un mort, me dit : « Voici Ascanio que je vous ramène. Je l'avais gardé, ne pensant point vous déplaire. — Maître, murmura humblement Ascanio, pardonnez-moi, je suis prêt à vous obéir en tout. — Estu venu pour finir le temps que tu m'as promis? » lui demandai-je. « Oui, répondit-il, et pour ne plus vous quitter. » Alors j'ordonnai à l'apprenti qu'il avait frappé d'apporter son paquet d'habits. « Voilà, lui dis-je, tous les vêtements que je t'avais donnés; je te les rends avec
ta liberté, et va où tu voudras. y> Don Diego resta stupéfait, car il s'attendait à tout autre chose. Le père d'Ascanio s'étant joint à lui pour me supplier de lui pardonner et de le reprendre, je demandai quelle était la personne qui plaidait pour lui. Il m'apprit que c'était son père. Enfin, après force nouvelles instances, je dis : a Puisque vous êtes son père, je le reprendrai pour Tamour de vous. »
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