‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 124 sur 275 · LIVRE QUATHIKME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATHIKME

éprouvé dans la journée, joint à ce qu'il s'était enivré le soir en voulant tenir tète aux Allemands, Tantôt il disait : « Je brûle! » tantôt : « Je me noie! » Puis il se cro3'ait li\ ré au\ plus allVcux supplices de Tenfer avec son cavial pendu au cou. Nous nous divertîmes si bien toute la nuit que nous oubliâmes nos fatigues à force de rire.

Le lendemain matin, nous nous levâmes par un très beau temps et nous allâmes déjeuner à un endroit fort joli, nommé Lachen, où nous fumes admirablement traités. Nous prîmes ensuite des guides qui retournaient à Zurich. Le guide qui nous conduisait, en marchant sur une digue que Teau recouvrait et qui était le seul chemin qui nous fût offert, glissa et tomba dans le lac avec son cheval. Je me trouvais précisément derrière lui. Je m'arrêtai pour voir cet imbécile se dépêtrer. Dès qu'il fut sorti de Peau, il recommença à chanter, comme si de rien n'eût été, et me fit signe d'avancer. Je me jetai sur la droite, je passai à travers une haie et je me mis à diriger la marche de Busbacca et de mes ouvriers. Le guide me criait en allemand que, si les gens du pays me voyaient, ils me tueraient. Nous continuâmes et nous échappâmes à ce danger.

Nous atteignîmes Zurich, ville vraiment merveilleuse et propre comme un bijou. Après un jour entier de repos, nous repartîmes de bonne heure et nous arrivâmes à une autre jolie ville nommée Soleure. De là nous allâmes à Lausanne, puis de Lausanne à Genève et de Genève à Lyon, toujours en chantant et en riant. Je m'arrecai quatre jours à Lyon et je m')'' aînusai beaucoup avec plusieurs de mes amis. J'y fus remboursé des dépenses que j'avais faites pour Busbacca. Au bout de quatre jours, je partis pour Paris.

Ce voyage fut agréable, bien qu'à la Palisse une bande d'aventuriers, auxquels nous n'échappâmes qu'en déployant beaucoup de courage, voulût nous assassiner. Aucun autre accident ne marqua notre route jusqu'à Paris, où nous arrivâmes sains et saufs, sans avoir cessé un instant de rire et de chanter.

Arrivée à Paris.

Après m'être un peu reposé à Paris, j'allai trouver le peintre Rosso, qui était au service du roi. Je croyais n'avoir pas d'ami plus dévoué que ce Rosso, car il avait reçu de moi à Rome les meilleurs offices qu'un homme puisse attendre d'un autre. Gomme peu de mots suffisent pour rendre compte de ces faits, je ne les passerai point sous silence, afin de montrer combien l'ingratitude est sans vergogne.

Pendant son séjour à Rome, le Rosso avait été poussé par sa mauvaise langue à décrier les ouvrages de Raphaël d'Urbin, de telle façon que les élèves de cet illustre maître voulaient absolument le tuer. Je le sauvai de ce danger en veillant sur lui jour et nuit avec toute la peine imaginable. Il avait encore dit tant de mal de l'habile maestro Antonio da San-Gallo' que cet architecte lui fit

I. Antonio Picconi, neveu des deux San-Gallo, hérita du talent de ses illustres oncles, dont il prit le nom. Il succéda à Bramante dans la direction des grandes entreprises ordonnées par Léon X et Clé-

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