LIVRE QUATRIKME
retirer un travail que lui-même avait engagé messcr Agnolo da Cesi à lui confier. Dans son indignation, maestro Antonio s'acharna ensuite tellement contre son détracteur qu'il le réduisit presque à mourir de faim. Je prêtai alors au Rosso quelques dizaines d'écus pour vivre. Il ne me les avait pas encore remboursés lorsque, apprenant qu'il était au service du roi, j'allai le voir, comme je Fai dit plus haut. Non seulement je pensais qu'il me rendrait mon argent, mais encore j'étais convaincu qu'il m'aiderait de tous ses efforts à entrer au service de ce grand roi François I".
Dès qu'il me vit, il se troubla et s'écria : « Benvenuto, tu as fait ce long voyage à trop grands frais, d'autant plus que maintenant on songe à la guerre et non à nos babioles.» Je lui répondis que j'avais apporté assez d'argent pour retourner à Rome comme j'étais venu; qu'il me pa3^ait mal de ce que j'avais souffert pour lui, et que je commençais à croire ce que maestro Antonio da San- Gallo m'avait dit de lui. Il voulut tourner la chose en plaisanterie. Je m'aperçus de sa scélératesse, et je lui montrai une lettre de change de cinq cents écus sur Riccardo del Bene. Ce misérable, saisi de honte, essa3^a de me retenir presque de force; mais je me moquai de lui, et je me retirai avec un autre peintre florentin, nommé Sguazzella, qui se trouvait présent '.
ment VII. « Son activité, dit Vasari, était si prodigieuse, qu'il put « mener de front, dans cinq villes à la fois, des travaux de la plus « haute importance, et quels travaux! la forteresse de Florence et celle « d'Ancóne, la restauration de Loreto, le puits d'Orvieto et le Vatican « de Rome. » Il mourut en 1546. — Voyez Vasari, Vie d'Antonio da San-Gallo, t. VII, p. 7 et suiv.
I. Vasari dit qu'Andréa Sguazzella suivit Andrea del Sarto en France. Il le cite comme un des élèves de ce maître qui imitèrent le
J'allai loger chez ce Sguazzella avec mes trois chevaux et mes trois serviteurs, à tant la semaine. Il me traitait très bien et je le payais encore mieux.
Je cherchai ensuite à parler au roi. Je lui fus présenté par messer Giuliano Buonaccorsi, son trésorier. J'attendis longtemps cette faveur, parce que le Rosso travaillait en secret de tout son pouvoir à m'empêcher de l'obtenir. Dès que messer Giuliano s'en aperçut, il me mena à Fontainebleau et m'introduisit auprès du roi, qui m'accorda une gracieuse audience d'une heure.
Comme Sa Majesté était sur le point de partir pour Lyon, elle dit à messer Giuliano de m'emmener, et que l'on causerait en route de plusieurs beaux ouvrages qu'elle désirait mettre à exécution. Je suivis donc la cour, et en chemin je me liai étroitement avec le cardinal de Ferrare*, qui n'avait pas encore le chapeau. Chaque soir j'avais de longues conversations avec ce seigneur, qui m'invita à rester à Lyon, dans une de ses abbayes, jusqu'à ce que le roi fût revenu de la guerre. Il ajouta qu'il était forcé de se rendre à Grenoble, mais que je trouverais dans son abbaye tout ce que je pourrais désirer.
En arrivante Lyon, j'étais malade, et mon jeune Ascanio avait la fièvre quarte, de sorte que je ne supportais plus qu'avec ennui les Français et leur cour. J'étais dévoré du désir de retourner à Rome. Le cardinal de Ferrare, m'ayant vu décidé à quitter la France, me remit l'argent nécessaire pour lui faire un bassin et une aiguière.
plus fidèlement son style. — Voyez Vasari, Vie d'Andrea del Sarto, t. VI, p. 127 et 14g.
I. Hippolyte d'Esté, fils d'Alphonse duc de Ferrare, qui vivait à la cour de France, où on l'avait comblé de bénéfices ecclésiastiques. — E. F.