‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 127 sur 275 · I.IVRK QUATRIEME. 2S · texte numérisé non relu

I.IVRK QUATRIEME. 2S

très et d'autres diableries m'avaient conduit. Le roi répondit que, dans son royaume, la justice était strictement administrée; que, s'il prodiguait des récompenses et des laveurs aux gens de mérite, il châtiait aussi les turbulents; que. Sa Sainteté ayant laissé partir Benvenuto sans se soucier de l'employer, il l'avait vu arriver avec plaisir dans ses Etats et l'avait pris à son service; qu'en conséquence, il le réclamait comme lui appartenant. Cette intervention, la plus désirable qu'un homme de ma classe pût désirer, loin de m'ètre utile, me nuisit au plus haut point. Le pape, rendu furieux par la crainte que je ne révélasse les infâmes scélératesses dont j'étais victime, ne pensa plus qu'à trouver les moyens de me faire mourir sans compromettre son honneur.

Le gouverneur du château Sant'Agnolo était un chevalier florentin et se nommait messer Giorgio degli Ugolini. Ce galant homme me traita avec toute la courtoisie imaginable. Sachant combien ma détention était injuste, il me laissa, sur ma seule parole, circuler librement dans le château. Je voulais obtenir cette faveur sur caution, mais il s'y refusa, en disant que Sa Sainteté avait mon affaire trop à cœur et qu'il préférait se lier entièrement à ma foi, parce que tout le monde lui avait parlé de moi comme d'un homme d'honneur. Je lui engageai donc ma parole et il m'accorda la facilité de travailler un peu. Dans l'espoir que, grâce à mon innocence et à la protection du roi, la colère du pape ne tarderait pas à s'apaiser, je n'avais pas voulu fermer ma boutique. Mon ouvrier Ascanio m'apportait au château quelques ouvrages. Bien que je ne pusse guère travailler en me voyant incarcéré si injustement, je faisais de nécessité vertu et je supportais ma mauvaise fortune le plus gaiement possible.

J'avais gagné ramitié de tous les gardes et de plusieurs soldats du château. Le pape venait quelquefois y souper. Alors on retirait les gardes et les portes restaient ouvertes comme celles d'un palais ordinaire; seulement on renfermait les prisonniers avec plus de soin que de coutume; mais je n'étais pas soumis à cette règle et je continuais de me promener librement dans le château.

Maintes fois quelques soldats me conseillèrent de m'enfuir, en m'assurant qu'ils tourneraient les épaules pour ne point me voir. Je leur répondis que j'avais donné ma parole à ce digne gouverneur, qui était si bon pour moi. « Benvenuto mio, me disait un soldat aussi brave que spirituel, sache qu'un prisonnier n'est point et ne peut être obligé à tenir sa parole, pas plus que toute autre chose. Profite de mes avis, échappe à ce gredin de pape et à son bâtard, qui ont juré ta mort. » Mais j'aurais mieux aimé cent fois mourir que de manquer à la promesse que j'avais faite à mon brave gouverneur.

Le moine Pallavicini.

J'avais pour compagnon d'infortune un moine de la famille Pallavicini, célèbre prédicateur : il avait été arrêté pour luthéranisme. C'était un excellent camarade, mais comme moine le plus grand ribaud qu'il y eût au monde. Tous les vices lui étaient bons. J'admirais ses talents, mais j'abhorrais profondément ses vices, et je l'en tançais

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