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franchcmeni. Il ne cessait de me répéter qu'en ma qualité de prisonnier je n'étais pas forcé de tenir ma parole, (t Cela peut être vrai pour un moine, lui répliquai-je, mais non pour un homme. Celui qui est homme et non pas moine doit observer sa foi en quelque position qu'il se trouve : or, comnie je suis homme et non pas moine, je ne manquerai jamais àia plus simple promesse.» Ayant vu qu'il ne pouvait me corrompre par ses raisonnements captieux et subtils, qu'il maniait avec une si merveilleuse habileté, il conçut un autre plan. Il laissa passer quelques jours pendant lesquels il me lut les sermons de Fra Girolamo Savonarola, en les accompagnant d'admirables comnicntaires plus beaux que le texte. Il me séduisit au point que, sauf manquer à ma parole, il n'}^ avait rien au monde que je n'eusse fait pour lui.
Voici le nouvel expédient qu'il imagina quand il eut reconnu que j'étais sous le charme de son talent. Il commença par me demander adroitement quel moyen j'aurais employé pour ouvrir cette prison, si j'avais voulu m'evader. Désireux de montrer à ce moine que je n'étais pas non plus sans talent, je lui dis que je me faisais fort d'ouvrir les serrures les plus difficiles, surtout celles de cette prison, ce qui me serait aussi aisé que d'avaler une bouchée de fromage frais. Pour m'arracher mon secret, il affecta de m'accuser de forfanterie. « Il y a, disait-il, des gens qui passent pour habiles et qui se vantent de beaucoup de choses; mais si on les mettait à l'œuvre, ils perdraient bientôt leur réputation. » Et il ajoutait qu'il m'entendait dire des choses si invraisemblables qu'il pensait que, si j'osais tenter de les exécuter, je n'en sortirais pas à mon honneur. Ce diable de moine sut si bien me piquer au vif que je m'écriai : « J'ai coutume de tou-
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jours faire plus que je ne promets. Rien n'est plus facile que de fabriquer les clefs dont j'ai parlé, et je vais le prouver à Tinstant. « Puis je lui montrai inconsidérément comment il fallait s'y prendre. Il feignit de n'y attacher aucune importance, mais il observa tout et n'oublia rien.
Ainsi que je l'ai dit plus haut, ce brave gouverneur me laissait me promener librement dans tout le château, ne m'enfermait point la nuit comme les autres prisonniers, et me permettait d'exécuter toute espèce d'ouvrage en or, en argent et en cire. Après avoir consacré quelques semaines à un petit bassin destiné au cardinal de Ferrare, la prison me fit prendre ce travail en dégoût, et je me mis à modeler des figures en cire pour me délasser. Le moine me déroba un rhorceau de cette cire et s'en servit pour contrefaire les clefs de la façon que je lui avais enseignée. Il avait pour confident et auxiliaire un Padouan nommé Luigi, qui était greffier du gouverneur. Le serrurier qu'ils chargèrent de fabriquer ces clefs les dénonça.
Le gouverneur, qui venait quelquefois me visiter dans ma chambre, m'ayant vu travailler avec de la cire, la reconnut pour être la même que celle du modèle de la clef, a Ce pauvre Benvenuto, dit-il, est victime d'une des plus grandes injustices qui aient jamais été commises; mais ce n'est pas une raison pour agir comme il l'a fait avec moi, qui ai outrepassé mes devoirs afin de lui être agréable. Maintenant je le tiendrai étroitement enfermé, et je ne lui accorderai plus la moindre faveur. » Et il donna des ordres à cet effet.
J'eus surtout à souffrir des reproches de quelques-uns de ses domestiques, qui me voulaient beaucoup de bien