‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 129 sur 275 · LIVRE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE-QUATRIÈME

Cl me rapportaient de temps en temps tout ce que le gouverneur faisait pour moi. Ils m'appelèrent homme ingrat et sans foi. Un d'entre eux m'ayant débité ces injures avec un ton un peu trop inconvenant, moi qui me sentais innocent, je répondis avec hauteur que je n'avais jamais manqué de foi, que je le soutiendrais au prix de ma vie, et que, si lui ou tout autre me répétait ces insultes, je lui dirais qu'il mentait par la gorge. Aussitôt il courut à la chambre du gouverneur et il m'en rapporta la cire et le modèle de la clef. Dès que j'eus vu cette cire, je lui disque nous avions raison tous deux, et je le priai de me faire parler au gouverneur, attendu que je voulais lui donner de franches et complètes explications, beaucoup plus importantes qu'il n'imaginait. Le gouverneur me donna de suite audience et je lui dévoilai tout. Sur ce, on resserra le moine et il dénonça le greffier, lequel faillit être pendu. Le gouverneur assoupit cette affaire, qui déjà était arrivée aux oreilles du pape. Il sauva son greffier de la corde, et me rendit toute la liberté dont il me laissait jouir auparavant.

GVI

Préparatifs d'évasion.

Quand je vis la rigueur qu'on avait déployée dans le cours de cette aventure, je commençai à penser à moi, et je me dis que, si le gouverneur venait encore une fois à s'irriter contre moi et à me retirer sa confiance, je ne lui aurais plus aucune obligation, et qu'alors je voudrais

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avoir recours à mon adresse, qui, j'espérais, devait obtenir plus de succès que celle du moine'. Je débutai par demander de gros draps de lit neufs, que je pris sans rendre les sales. Lorsque mes domestiques me les réclamaient, je leur disais de ne pas s'en inquiéter, que je les avais donnés à de pauvres soldats qui, si on le savait, courraient risque d'aller aux galères : aussi mes ouvriers, mes serviteurs, 'et surtout Felice, se gardaient-ils soigneusement de souffler mot. J'avais eu soin de vider ma paillasse et de brûler la paille dans la cheminée de ma prison. Je taillai les draps en bandes larges d'un tiers de brasse. Dès que j'en eus préparé une quantité qui me parut suffisante pour descendre du haut de la tour du château, je dis à mes domestiques que j'avais donné les draps, que je voulais qu'ils eussent à m'en apporter de fins et que je leur rendrais ceux qui étaient sales. Cela s'oublia bientôt.

Les cardinaux Santiquattro' et Cornaro me firent fermer ma boutique, en disant avec franchise que le pape refusait d'entendre parler de mon élargissement, et que l'intervention du roi François I" m'avait été beaucoup plus nuisible qu'utile. En dernier lieu, monseigneur de Montluc avait dit au pape, de la part du roi, qu'on devait me traduire devant les juges ordinaires; que, si j'étais coupable, on pouvait me punir; mais que, si j'étais innocent, la raison exigeait qu'on me rendit la liberté. Cela avait tellement irrité le pape qu'il ne voulait plus me relâcher. Le gouverneur m'était toujours aussi favorable que possible. Quant à mes ennemis, dès qu'ils s'aperçu-

I. Le cardinal qui portait le titre des « Santiquattri » îles quatre saints couronnés) était alors Antonio Pucci, Florentin, neveu de ce Robert Pucci dont il a été question plus haut. — K. F.

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