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rcnt que ma boutique était fermée, ils prodiguèrent les insultes à mes amis et à mes serviteurs qui venaient me voir dans ma prison.
1 1 ne se passait pas de jour sans que j'eusse deux visites d'Ascanio. Une fois il me pria de lui faire faire un justaucorps avec un pourpoint de satin bleu, dont je ne m'étais encore servi que pour suivre la procession de Notre- Dame d'août. Je l,ui dis que ce n'était ni le temps ni le lieu de porter de tels vêtements. Le jeune homme fut si irrité de mon refus qu'il me déclara qu'il voulait retourner chez lui à Tagliacozzo. Je lui répliquai avec indignation qu'il me ferait plaisir de me débarrasser de lui. De son côté, il jura avec colère qu'il ne reparaîtrait plus devant moi. Pendant cette querelle, nous nous promenions autour de la plate-forme du château. Nous y rencontrâmes le gouverneur au moment où Ascanio me disait : « Je m'en vais, adieu pour toujours. » A quoi je lui répondis : « Fort bien, et pour qu'il en soit ainsi, je recommanderai aux gardes de ne plus jamais te laisser passer. » En même temps je me tournai vers le gouverneur et je le priai d'ordonner qu'à l'avenir on défendît à Ascanio l'entrée du château. « Ce petit drôle, ajoutai- je, vient encore ajouter âmes tourments. Ainsi, de grâce, signor, ne lui permettez plus jamais de pénétrer ici. » Le gouverneur en fut très affligé, car il connaissait les rares qualités d' Ascanio, qui, de plus, était doué d'une telle beauté qu'il suffisait de le voir une fois pour s'intéresser vivement à lui.
Ascanio se retira en pleurant. Ce jour-là, il était armé d'un petit sabre qu'il cachait quelquefois sous ses habits. En sortant du château, le visage en larmes, il rencontra deux de mes plus grands ennemis. L'un était Girolamo,
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mon ouvrier pérugin, et Tautre un certain orfèvre nommé Michele. Ce dernier, qui était ami de ce ribaud Girolamo et ennemi d'Ascanio, s'écria : « Ascanio pleure! qu'est-ce que cela signifie ? Peut-être son père est-il mort; je parle de son père du château. — Il est vivant, lui riposta Ascanio, mais toi, tu vas mourir! » Et aussitôt il lui asséna deux coups de sabre sur la tête. Le premier rétendit à terre, et le second, en glissapt, lui coupa trois doigts de la main droite. Michele resta comme mort.
Cette aventure fut immédiatement rapportée au pape, qui, furieux, s'écria : « Puisque le roi veut que Benvenuto soit jugé, donnez-lui trois jours pour préparer sa défense. » Cette commission fut exécutée à l'instant. Le brave gouverneur se rendit sur-le-champ chez le pape et lui prouva que je n'étais pour rien dans ce qui s'était passé, puisque j'avais chassé Ascanio. Enfin, il me défendit si admirablement qu'il me sauva la vie.
Ascanio se réfugia chez lui, à Tagliacozzo, d'où il m'écrivit qu'il me demandait mille fois pardon ; qu'il se reconnaissait coupable d'avoir augmenté mes chagrins; mais que, si Dieu me permettait de sortir de prison, il ne m'abandonnerait plus jamais. Je lui répondis de travailler sérieusement à s'instruire, et que, si Dieu me rendait la liberté, je ne manquerais certainement pas de le rappeler près de moi.
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