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vif sentiment de joie en pensant que j'étais libre. Par malheur, il n'en était rien, car le gouverneur avait fait construire de ce côté une écurie et une basse-cour dont les murs étaient fort élevés. De gros verrous fcrniaient cet enclos au dehors. Grand fut mon désappointement, lorsque je vis que je ne pouvais sortir par là. Tandis que je marchais de long en large, en réfléchissant à mon embarras, mon pied rencontra une longue poutre couverte de paille. Je la dressai, non sans peine, contre le mur; puis, à force de bras, je gravis jusqu'au haut. Gomme la muraille se terminait en pointe, il m'était impossible de tirer la poutre à moi. J'avais laissé un de mes pelotons pendu à la tour du château. Je me décidai alors à couper un morceau de mon second peloton. Je le nouai à la poutre et je m'en servis pour gagner le bas du mur. Gette descente fut très difficile et très fatigante. Mes mains étaient tout écorchées et ruisselaient de sang. Je fus forcé de les baigner dans mon urine et de prendre un peu de repos. Aussitôt que je crus avoir recouvré ma vigueur, je montai sur la dernière enceinte qui donne du côté des Prati. Au moment où je posais à terre mon peloton de bandes que je voulais attacher à un créneau, je découvris près de moi une sentinelle. Menacé d'être arrêté dans mon dessein et de perdre la vie, je résolus d'attaquer hardiment ce soldat ; mais lorsqu'il vit mon air déterminé et que je marchais droit à lui, le poignard à la main, il se retira en pressant le pas. Je m'étais un peu éloigné de mes bandes; j'y retournai promptement. J'aperçus bien une autre sentinelle, mais peut-être ne voulut-elle pas faire attention à moi. J'attachai mon peloton au créneau et je me laissai glisser. Soit que, me cro3^ant près de terre, j'eusse ouvert les mains pour
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sauter, soit que mes mains fatiguées eussent lâché prise, je tombai, et, dans cette chute, ma tête frappa rudement contre le sol. Je restai évanoui pendant plus d'une heure et demie, autant que je puis en juger.
Au point du jour, la fraîcheur qui précède le lever du soleil me rappela à moi. Cependant j'étais encore loin d'avoir recouvré la mémoire, car je croyais que Ton m'avait tranché la tête et que j'étais dans le purgatoire. Enfin, les forces m'étant revenues peu à peu, je reconnus que j'étais hors du château. Aussitôt je me souvins de tout ce que j'avais fait. Avant de m'apercevoir que je m'étais fracturé une jambe, je sentis le coup que je m'étais donné à la tête. J'y portai les mains et je les en retirai tout ensanglantées.
Après m'être bien examiné, je pensai que je n'avais aucune blessure grave; mais, lorsque je voulus me lever, je vis que ma jambe droite était brisée à trois doigts audessus du talon. Cela n'abattit point mon courage. Cet accident avait été causé par une énorme boule qui était à l'extrémité du fourreau de mon poignard. L'os de ma jambe ayant porté contre cette boule, n'avait pu plier et s'était brisé en cet endroit. Je jetai au loin le fourreau ; puis, avec le poignard, je coupai un morceau des bandes qui m'étaient restées et j'en enveloppai ma jambe en rapprochant les os de mon mieux.
Je me dirigeai à quatre pattes, et le poignard à la main, vers la porte de Rome. Je la trouvai fermée. Sous cette porte était une pierre qui ne me sembla pas très lourde. J'essayai de la déchausser; bientôt elle remua sous ma main, me céda facilement et me livra entrée dans la ville. De cette porte à l'endroit où j'étais tombé, il y avait plus de cinq cents pas.