‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 135 sur 275 · LIVRE QUATRIÈME. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. 3o

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Suite de l'évasion. — Nouveaux dangers.

Quand je fus dans Rome, d'énormes dogues se jetèrent sur moi et me mordirent cruellement. Ils revinrent plusieurs fois à la charge. Je me défendis avec mon poignard et j'en piquai un d'une rude façon. 11 se mit à pousser de si affreux hurlements, que tous les autres chiens, suivant leur naturel, se précipitèrent sur lui. Je me traînai alors aussi vite que possible vers l'église de la Trespontina.

Quand je fus arrivé à l'entrée de la rue qui conduit à Sant'Agnolo, je pris le chemin de San-Pietro. Comme il faisait grand jour, je pensai que je courais du danger. Je priai donc un porteur d'eau qui avait chargé son âne et rempli ses pots de me prendre sur son dos et de me porter sur les escaliers de San-Pietro. « Je suis, lui dis-je, un pauvre jeune homme qui me suis cassé une jambe en voulant descendre d'une fenêtre, dans une affaire d'amour. Comme la maison d'oia je sors appartient à un grand personnage et que je risque d'être haché en morceaux, enlève-moi promptement, je t'en supplie; je te donnerai un écu d'or. » Je lui montrai en même temps ma bourse qui était bien garnie. Il me prit aussitôt sur ses épaules et me porta sur les escaliers de San-Pietro. Je lui dis de me laisser là et de retourner vers son âne.

Je m'acheminai de suite, toujours à quatre pattes, vers

3o6 VIE DE BENVENUTO CELLINI.

le palais de la duchesse Marguerite, fille naturelle de l'empereur', qui avait épousé le duc Ottavio, après la mort d'Alexandre, duc de Florence, son premier mari. Je savais que jV trouverais plusieurs de mes amis qui étaient venus de Florence avec cette princesse. Ellemême était fort bien disposée en ma faveur, grâce au gouverneur du château. Celui-ci, en effet, avait dit au pape que, le jour où la duchesse fit son entrée à Rome, j'avais empêché un dégât de plus de mille écus, qu'une grosse pluie menaçait d'occasionner. Il raconta qu'en voyant son désespoir, je le consolai et braquai quelques pièces d'artillerie du côté où les nuages étaient le plus épais, et qu'à l'instant où l'eau commença à tomber avec force, je fis feu, et avec tant de succès, qu'à la quatrième décharge la pluie s'arrêta et le soleil se montra; qu'ainsi moi seul avais été cause que la fête s'était heureusement passée. Lorsque la duchesse fut instruite de cette circonstance, elle dit : « Benvenuto est un de ces gens de talent qu'aimait mon mari, le duc Alexandre. Je ne les oublierai pas quand l'occasion de leur être utile se présentera. » De plus, elle avait parlé de moi au duc Ottavio. C'est pourquoi je me rendais directement chez Son Excellence, qui habitait dans le Borgo-Vecchio un magnifique palais. J'étais certain que le pape ne violerait pas cet asile; mais ce que j'avais accompli jusque-là avait été trop merveilleux pour un homme. Dieu ne voulut pas que je tombasse dans le péché d'orgueil, et, pour mon bien, il me condamna à subir une épreuve encore plus sévère que la première. On verra bientôt comment cela eut lieu.

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