‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 136 sur 275 · I. Charles-Quini. — E. F · texte numérisé non relu

I. Charles-Quini. — E. F

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Pendant que je rampais le long des escaliers, un domestique du cardinal Cornaro me reconnut et courut de suite réveiller son maître, auquel il dit : « Monsignor reverendissime, votre Benvenuto est là en bas; il s'est évadé du château; il se traîne tout ensanglanté. Autant qu'on peut en juger, il a une jambe cassée. Nous ne savons où il va. — Courez, s'écria le cardinal, et apportez-le-moi ici dans ma chambre. »

Quand je fus près de lui, il me dit de ne rien craindre et il envoya de suite chercher les premiers chirurgiens de Rome. Ce fut l'habile maestro Giacomo de Pérouse qui me pansa. Il me rejoignit admirablement les os; puis il me banda la jambe et me saigna de sa propre main. Soit que mes veines fussent beaucoup plus gonflées qu'à l'ordinaire, soit que maestro Giacomo eût voulu me pratiquer une incision plus large que de coutume, toujours est-il que le sang alla le frapper au visage avec tant de force et en telle abondance, qu'il fut forcé d'interrompre son opération. Il regarda cet accident comme un funeste présage et il ne consentit qu'avec beaucoup de peine à continuer de me panser. Plusieurs fois il voulut m'abandonner en songeant qu'il pouvait être sévèrement puni pour m'avoir soigné. Le cardinal me fit placer dans une chambre secrète et courut au palais avec l'intention de demander ma liberté au pape.

3o8 VIE DE BENVENUTO CELLINI.

Rumeur à Rome.

Pendant ce temps Rome était en rumeur. En effet, déjà on avait aperçu mes bandes de toile flotter le long de la grande tour du château et toute la ville courait les voir.

Le gouverneur était alors en proie à un de ses plus violents accès de folie. Il luttait contre ses domestiques pour s'envoler du haut de la tour, et prétendait que lui seul pouvait me rattraper en volant après moi.

Messer Roberto Pucci, père de messer Pandoifo, ayant entendu raconter la grande nouvelle, sortit pour s'en assurer lui-même. Il se rendit ensuite au palais, oii il rencontra le cardinal Cornaro, qui lui raconta tous les détails de mon évasion et lui dit que j'étais déjà pansé et que je reposais dans un de ses appartements.

Ces deux braves et dignes seigneurs allèrent, d'un commun accord, se Jeter aux genoux du pape qui, avant de leur laisser prononcer un mot, s'écria : « Je sais tout ce que vous voulez de moi. — Très saint Père, dit messer Roberto Pucci, nous vous demandons en grâce ce pauvre homme dont les talents méritent quelque indulgence, et qui vient de déployer un courage et un génie vraiment surhumains. Nous ne savons pas pour quelles offenses Votre Sainteté l'a tenu si longtemps en prison. Si ce sont des crimes trop exorbitants, Votre Sainteté est

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