‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 138 sur 275 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

Nouvelles calomnies de Pier Luigi.

Le gouverneur de Rome qui, deux jours auparavant, avait été nommé évêque de Jesi, vint donc me trouver. « Benvenuto mio, me dit-il, bien que mon ministère soit de la nature de ceux qu'on redoute, je viens pour te rassurer par ordre exprès de Sa Sainteté, qui m'a raconté qu'elle-même s'était jadis évadée du château, mais avec l'aide de plusieurs amis, car, autrement, elle n'aurait pu se tirer de cette entreprise. Je te jure par les sacrements que j'ai reçus il y a deux jours, quand j'ai été consacré évêque, que le pape te rend la liberté et te pardonne. Il est très affligé de tes cruelles souffrances. Tâche donc de te guérir et regarde que tout a été pour le mieux; car cet emprisonnement que tu as subi, malgré ton innocence, sera cause de ton bonheur à toujours. Tu n'auras plus à craindre la pauvreté, et tu ne seras plus obligé de retourner en France et de traîner çà et là une vie tourmentée. Ainsi, dis-moi franchement comment l'affaire s'est passée et qui t'a aidé. Tu n'auras ensuite à songer qu'à te reposer et à te guérir. » Je lui contai mon aventure de point en point, sans rien oublier, pas même le porteur d'eau qui m'avait enlevé sur ses épaules. Quand j'eus fini, le gouverneur s'écria : « Il est vraiment inconcevable qu'un seul homme ait pu faire de telles choses : il n'y a que toi pour cela. » Il me prit ensuite la main et

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ajouta : « Bon courage ! car, par cette main que je touche,

tu es libre et tu seras heureux. » Là-dessus, il partit et laissa la place à une foule de gentilshommes et de seigneurs qui venaient me visiter et se disaient entre eux : « Allons voir cet homme qui opère des miracles. » Ceuxci m'offraient une chose, ceux-là me faisaient présent d'une autre.

Le gouverneur, étant retourné près de Sa Sainteté, lui rendit compte de ce que je lui avais dit. Le signor Pier Luigi, fils du pape, était présent. Tout le monde témoignait une profonde admiration. « A coup sûr, s'écria le pape, c'est une chose merveilleuse! » A ces mots, le signor Pier Luigi s'avança et dit : « Très saint Père, si vous relâchez Benvenuto, il vous en fera de bien plus étonnantes encore, car c'est une âme d'homme trop audacieuse. Je vais vous conter un autre de ses exploits que vous ignorez. Avant d'aller en prison, votre Benvenuto eut, avec un gentilhomme du cardinal Santa-Fiora, une querelle, à propos d'une vétille que ce gentilhomme lui avait dite. Il poussa la témérité jusqu'à défier son adversaire. Le gentilhomme en parla au cardinal Santa-Fiora, qui jura que, s'il s'en mêlait, il saurait bien ramener ce fou à la raison. Benvenuto, ayant appris cela, tint prête une escopette, avec laquelle il est certain de toucher un quattrino. Un jour, le cardinal se mit à la fenêtre; aussitôt Benvenuto, dont la boutique est voisine, s'arma de son escopette et visa Son Excellence. Heureusement le cardinal fut averti à temps et se retira de suite. Benvenuto, pour qu'on ne se doutât de rien, tira un ramier qui couvait dans un trou des combles du palais, et, chose incroyable, lui brisa la tête. Maintenant que Votre Sainteté agisse comme bon lui semblera; du moins, je

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