‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 140 sur 275 · LIVRE QUATRIEME. 3i · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME. 3i

\'cnte d'un chrétien pour un cvêché.

Le pape, gontié de dépit et de rage, rétiéchit à ce que son fils lui avait dit. Deux jours après, le cardinal Cornaro alla demander un évêché que Sa Sainteté avait promis à un de ses gentilshommes, nommé messer Andrea Centano. Comme il s'en trouvait un vacant, le cardinal rappela au pape sa promesse. Paul III ne la nia pas et déclara qu'il était tout disposé à la tenir, pourvu que Sa Seigneurie reverendissime consentît à lui faire un plaisir, c'est-à-dire à remettre Benvenuto entre ses mains. Le cardinal lui répondit : « Si Votre Sainteté lui a pardonné et me l'a rendu, que dira le monde et de Votre Sainteté et de moi ? — Je veux Benvenuto, vous voulez Tévêché, que le monde dise ce qu'il voudra, » répliqua le pape. Cet honnête homme de cardinal pria le pape de lui accorder l'évêché et lui dit de faire ensuite ce que bon lui semblerait. Le pape, quelque peu honteux de la scélératesse avec laquelle il violait sa parole, reprit : « J'enverrai chercher Benvenuto, et, pour ma satisfaction, je le placerai dans les chambres du rez-de-chaussée qui donnent sur mon jardin secret. Il pourra se guérir. et on ne lui défendra pas de voir tous ses amis. Je le défra3'^erai même de toutes ses dépenses, jusqu'à ce que cette petite fantaisie soit passée. » Le cardinal retourna de suite chez lui etm'envo3'^a dire par le gentilhomme auquel l'évêché était

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destiné que le pape voulait que je me remisse entre ses mains, mais qu'il me donnerait une des chambres basses de son jardin secret, oij je recevrais mes amis comme si j'étais dans le propre palais de Sa Seigneurie. Je chargeai messer Andrea de supplier le cardinal de ne point me livrer au pape et de me laisser moi-même tirer d'embarras. J'ajoutai que je me ferais envelopper dans un matelas et porter hors de Rome en un lieu sûr; que me livrer au pape, c'était m'envoyer à la mort. Le cardinal se serait probablement prêté à ce que je demandais ; mais ce messer Andrea, qui espérait l'évêché, dénonça l'affaire. Le pape m'envoya donc chercher sur-le-champ et ordonna qu'on me mît, ainsi qu'il l'avait prescrit, dans une des chambres basses de son jardin secret. Le cardinal me fit dire de ne rien manger de ce qui sortirait de la cuisine du pape; qu'il aurait soin de garnir ma table; qu'il n'avait pu agir autrement qu'il n'avait fait; que j'eusse bon courage, et qu'il se remuerait si bien qu'il me rendrait la liberté. Je laissais donc de côté les aliments qu'on m'envoyait du pape et je ne touchais qu'à ceux qui me venaient du cardinal.

Chaque jour, je recevais la visite d'une foule de grands et nobles personnages qui m'accablaient d'offres de service. Je comptais parmi mes amis un jeune Grec âgé de vingt-cinq ans. Il était d'une adresse extraordinaire à tous les exercices du corps et jouait de l'épée mieux que qui que ce fût à Rome. Il était fort honnête et fort loyal, mais faible et crédule au dernier point. Il avait entendu dire que le pape avait déclaré qu'il voulait me dédommager de mes souffrances. C'était la vérité; le pape avait bien parlé de cela d'abord, mais en dernier lieu il avait complètement changé d'avis. « Benvenuto mio, me disait

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