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mon brave jeune homme, on assure dans Rome que Sa Sainteté t'a donne un oliice de cinq cents écus de rente; ainsi, de grâce, veille à ce que ces soupçons ne te fassent point perdre un si bon morceau. « Moi, de mon côté, je le suppliais à mains jointes de travaillera mon évasion. « Je sais, lui disais-je, que le pape pourrait me faire beaucoup de bien, mais je tiens de science certaine qu'il cherche à me faire beaucoup de mal en secret. Je te prie donc de te hâter et de ne rien négliger pour me sauver de sa fureur. Si tu me tires dMci de la manière que je t'indiquerai, je te devrai la vie, et je serai toujours prêt à la sacrifier pour toi quand tu en auras besoin. )) Ce pauvre jeune homme me répondit les larmes aux yeux : « Frère, tu veux courir à ta ruine, mais je ne puis te résister. Ainsi, donne-moi tes ordres, je les exécuterai, bien qu'à contre-cœur. » Nous étions donc d'accord, et je lui avais entièrement déroulé mon plan, dont le succès était facile et indubitable, lorsqu'au moment où je croyais qu'il allait tout préparer, il vint me déclarer que pour mon bien il voulait me désobéir, et qu'il savait à quoi s'en tenir sur ce que lui avaient dit des familiers du pape qui connaissaient mon affaire à fond. Ma colère égala mon désespoir, car je n'avais aucun autre moyen de salut. Cela se passait en l'année iSSq, le jour de la fête du Corpus Domini. J'étais en discussion avec le Grec depuis le matin, lorsque le soir on m'apporta une quantité de plats de la cuisine du pape et de celle du cardinal Cornaro. Plusieurs de mes amis étant arrivés à ce moment-là, je les invitai à souper avec moi, et, malgré ma jambe garnie d'éclisses, nous fîmes chère lie. Ils ne me quittèrent qu'à une heure de la nuit. Mes deux domestiques m'aidèrent à me coucher, puis se retirèrent dans l'antichambre.
3iS VIK DE BENVENUTO CELI. INI.
Nouvel emprisonnement.
J'avais un chien à longs poils noirs comme une mûre. Il chassait admirablement et ne s'écartait jamais de moi de plus d'un pas. Pendant la nuit dont je parle, il s'était fourré sous mon lit, où il se mit à aboyer si lamentablement que trois fois j'appelai mes domestiques pourl'ôter de là; mais, dès qu'ils se montraient, il se jetait sur eux pour les mordre. Mes domestiques étaient frappés d'épouvante et craignaient que cet animal ne fût enragé, car il hurlait sans discontinuer. A quatre heures de la nuit, le bargello entra dans ma chambre avec une foule de sbires. Aussitôt mon chien sortit de sa retraite, se précipita sur eux avec fureur, déchira leurs capes et leurs chausses, et leur causa une telle frayeur qu'ils le crurent enragé. Mais le bargello, qui était un homme d'expérience, leur dit : (( Les bons chiens ne manquent jamais de deviner et de prédire le mal qui doit arriver à leurs maîtres. Que deux de vous prennent des bâtons et se défendent contre ce chien. Que les autres attachent Benvenuto sur celte chaise et le mènent oii vous savez.» Ainsi que je l'ai noté plus haut, le jour de la fête du Corpus Domitii venait de s'écouler, et il était environ quatre heures de la nuit. Les sbires m'enlevèrent après m'avoir soigneusement enveloppé. Quatre d'entre eux marchaient à côté de nous, et poussaient au large le peu de gens qui se rencontraient