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encore dans la rue. On me transporta ainsi à Torre-di- Nona, où l'on me déposa dans la prison de la Vie' sur un maigre matelas.
Un des sbires resta près de moi toute la nuit et ne cessa de se lamenter sur ma mauvaise fortune. « Hélas! s'écriait-il, que leur as-tu donc fait, pauvre Benvenuto ?» Les paroles de cet homme et le lieu où je me trouvais ne me laissèrent point de doute sur le sort qui m'était réservé. Pendant une grande partie de la nuit je me fatiguai à chercher pour quelle cause Dieu se plaisait à m'inliiger une si rude pénitence, et comme je ne pouvais la découvrir, je me tourmentais violemment. Le sbire s'efforçait de me consoler de son mieux; mais je le conjurai, pour l'amour de Dieu, de ne plus m'adresser un mot, attendu qu'abandonné à moi-même, je prendrais une résolution plus vite et plus aisément. Il me promit de se taire.
Alors je tournai mon cœur tout entier vers Dieu, et je le suppliai dévotement de vouloir bien m'accepter dans son royaume, bien que je me fusse plaint de mon sort, en songeant à mon innocence, qui me paraissait évidente. «En effet, me disais-je, si j'ai commis des homicides, le vicaire du Christ m'a rappelé de ma patrie et m'a pardonné, en vertu de sa propre autorité et de celle que la loi lui confère. Tout ce que j'ai fait n'a été que pour défendre le corps que Dieu m'a prêté. Ainsi, d'après les lois qui régissent le monde, je ne crois point avoir mérité cette mort. lime semble qu'il en est de moi comme de ces malheureux qui, en marchant dans la rue, sont
I. On appelait ainsi la prison où l'on enfermait les condai mort. — E. F.
tués par une pierre qui leur tombe sur la tête. C'est là un effet incontestable de la puissance des étoiles, qui provient, non de ce qu'elles sont conjurées pour notre bien ou notre mal, mais de ce que nous sommes soumis à leurs conjonctions. Cependant je reconnais que je possède le libre arbitre, et je suis certain que, si ma foi était assez exercée, les anges du ciel me tireraient de cette prison et me délivreraient de tous mes maux. Mais Dieu ne m'a pas jugé digne de cette faveur : il faut donc que les influences célestes assouvissent sur moi leur malignité. » Après avoir longtemps lutté de cette façon avec ma pensée, je me résignai et m'endormis.
Benedetto da Cagli. — La signora Jcrolima.
Au point du jour, le sbire m'éveilla en me disant : «Pauvre malheureux, il n'est plus temps de dormir. Le messager qui doit t'annoncer une mauvaise nouvelle est arrivé. — Plus tôt je sortirai de la prison de ce monde, lui répondis-je, mieux cela vaudra; car je suis sûr que mon âme sera sauvée et que je mourrai innocent. Christ, notre glorieux et divin Sauveur, me range parmi ses disciples et ses amis, qui, ainsi que lui, ont souffert une mort injuste. Comme eux je meursinnocent et j'en rends grâce à Dieu du fond de mon cœur. Mais pourquoi celui qui doit me lire ma sentence n'entre-t-il pas? — Il pleure sur ton malheureux sort, » me répondit le sbire. Alors^