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quelles elles adhèrent, ce qui entrafne inévitablement la mort. Le verre, au contraire, ou toute espèce de pierre autre que le diamant, ne peut s'arrêter et suit la même route que les aliments. Messer Durante donna donc un diamant d'une faible valeur à un des gardes du château, qui, dit-on, chargea un de mes grands ennemis, Lione Lioni', orfèvre arétin, de le pulvériser. Comme Lione était très pauvre et que la pierre valait quelques dizaines d'écus, il remit au garde une autre poudre, en lui disant que c'était celle du diamant qu'on devait m'administrer. Un vendredi matin, on jeta cette poudre dans tous les mets qu^on me servit, dans la salade, les ragoûts et la soupe. Je mangeai de bon appétit, car la veille, qui était un jour de fête, j'avais jeune le soir. Je sentis bien craquer quelque chose sous mes dents, mais j'étais loin de soupçonner la scélératesse de mes ennemis. Après mon repas, je vis briller, sur un peu de salade que j'avais laissée dans mon assiette, de très petits grains qui, lorsque je les regardai près de la fenêtre, me rappelèrent le craquement extraordinaire que j'avais remarqué pendant que je mangeais. Après avoir bien examiné ces petits fragments, autant que mes yeux pouvaient en juger, je restai persuadé que c'était du diamant pilé. Aussitôt j'en conclus que j'étais mort.
I. Leone Leoni d'Arezzo n'avait, à l'époque dont parie Benvenuto, ni la réputation ni le haut crédit dont il commença à jouir vers le milieu de sa vie; car, en 040, il fut condamné à perdre une main pour avoir battu un joaillier du pape. La peine fut commuée en celle des galères. Il fut gracié au bout d'un an. Il exécuta une foule de statues et de médailles pour Charles-Quint, qui le récompensa en le nommant chevalier et en lui donnant une mission à Milan. Leone y fixa sa demeure et y forma une magnifique collection d'objets d'art. — Voyez Vasari, Vie de Leone Leoni, t. IX, p. 304 et suiv.
Convaincu que j'étais perdu sans ressource, je me mis à prier dévotement, et, pendant une heure entière, je remerciai Dieu de m'avoir accordé un genre de mort aussi doux. Puisque mes étoiles m'avaient condamné, je me félicitais de pouvoir quitter la vie par un moyen si peu douloureux. Enfin, j'étais plein de résignation; je bénissais le monde et le séjour que j'y avais fait, et je songeais à passer à une vie meilleure avec la grâce de Dieu, que je croyais avoir parfaitement acquise.
Pendant que ces pensées me roulaient dans l'esprit, je tenais dans ma main quelques petits grains de cette pierre qui, selon moi, était du diamant. Comme l'espérance ne s'éteint jamais entièrement, je plaçai plusieurs de ces grains sur un morceau de fer; puis, avec la pointe d'un couteau, j'appuyai dessus d'abord doucement, ensuite avec plus de force, et bientôt je les entendis s'écraser. Je les examinai de près et je vis que je ne me trompais pas. Un nouvel espoir agita mon cœur et je me dis : « Ce n'est pas là ce que me destinait mon ennemi messer Durante, c'est une mauvaise pierre tendre qui ne peut causer le moindre mal. »
Je ne pensai donc plus à mourir. Je rendis grâces à Dieu et je bénis la pauvreté, qui souvent occasionne la mort des hommes, mais qui, cette fois, me sauvait la vie. En effet, messer Durante, mon ennemi, ou tout autre, ayant remis un diamant de la valeur décent écusà Lione pour le pulvériser, ce dernier, qui était dans l'indigence, le garda et lui substitua un béryl verdâtre du prix de deux carlins, s'imaginant peut-être que cette pierre produirait le même résultat que le diamant.