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L'évêquc de Pavic
A cette époque, monsignor de' Rossi' de Parme, évèque de Pavie et frère du comte de San-Secondo, se trouvait prisonnier au château, à la suite d'une mauvaise affai re qu'il avait eue à Pavie. Comme il m'aimait beaucoup, je m'approchai de l'ouverture de ma prison, je l'appelai à haute voix, et je lui dis que ces brigands avaient essayé de me faire mourir avec du diamant pilé. Je chargeai un deses domestiques de lui montrer quelques grains que j'avais conservés, mais je m'abstins de lui avouer que j'avais reconnu que ce n'était pas du diamant. Je lui affirmai, au contraire, que ces bandits avaient certainement profité de la mort de notre brave gouverneur pour m'empoisonner. Je le priai ensuite de me donner chaque jour un de ses pains pendant le peu de temps qui me restait à vivre, parce que je ne voulais plus rien manger qui vînt d'eux. Il me promit de partager ses vivres avec moi.
Le nouveau gouverneur, messer Antonio, qui n'avait certainement pas trempé dans le crime tenté contre moi,'
I. Giovanni Girolamo de' Rossi, connu par ses élégantes poésies Italiennes. On le soupçonna d'avoir fait tuer à Rezzasco le comte Alexandre Langosio; on l'appela à Rome et on l'y emprisonna. Son procès traîna pendant cinq ans, au bout desquels il fui mis en liberté en 1044. Plus tard, le pape Jules III lui rendit son évêché, qu'il céda ensuite à un de ses neveux. — E. F.
fit beaucoup de bruit et voulut voir la pierre pulvérisée, dans la persuasion que c'était un diamant; mais, ayant ensuite réfléchi que le pape était là-dedans pour quelque chose, il jugea prudent de garder le silence.
Je continuais à écrire mon Capitolo^et'fy relatais avec soin tout ce qui m'arrivait de nouveau. Je ne me nourrissais que des mets que Tévêque de Pavie me faisait parvenir. Les vivres que le gouverneur, messer Antonio, m'envoyait de son côté m'étaient apportés par le soldat Giovanni, cet ex-apothicaire de Prato, mon ennemi mortel, celui-là même qui m'avait administré la poudre de diamant. Je lui déclarai que je ne voulais rien manger de ce qui venait par ses mains avant qu'il ne l'eût goûté. Il me répondit que cela ne se pratiquait que pour les papes. Je lui répliquai que, si les gentilshommes 3^ étaient obligés à l'égard du pape, un Florentin comme moi pouvait, à meilleur droit encore, l'exiger d'un soldat, d'un ex-apothicaire, d'un paysan de Prato comme lui. Une violente dispute s'ensuivit naturellement entre nous.
Messer Antonio, honteux de ce qui s'était passé et désirant me faire payer la dépense dont son frère l'ancien gouverneur m'avait tenu quitte, chargea un autre de ses domestiques de m'apporter mes repas. Celui-là avait de l'affection pour moi et goûtait mes mets sans difficulté. Il m'apprit que chaque jour monseigneur de Montluc me réclamait avec instance de la part du roi, mais que le pape était peu disposé à me relâcher. Il ajouta que le cardinal Farnese', jadis mon protecteur et mon ami, avait déclaré que de longtemps je ne devais pas songer à sortir
I. Alexandre Farnese, tìls de Pier Luigi, nomme cardinal à l'âge de quinze ans, mais qui justifia ensuite par sa conduite le choix de Paul III, qui l'avait chargé des plus importantes missions. — E. F.