I. Dans la province de Parme. E. F
tellement au vif, qu'il prétendit ne point me connaître et ignorer qui j'étais. Indigné, je lui dis : « Oh! Giannotto, jadis mon intime ami, avec qui en tel et tel endroit j'ai dessiné, mangé, bu et dormi ; je me soucie fort peu que tu te portes caution de moi vis-à-vis de cet honnête homme, car j'espère que je saurai, avec mes mains et sans ton aide, montrer qui je suis. »
Le Firenzuola. — I.a salière. — Pagolo .A.rsago.
Lorsque j'eus achevé de parler, le Firenzuola, qui était homme de cœur, se tourna vers Giannotto, et lui dit : « N'as-tu pas honte, vil coquin, de te conduire ainsi avec un ancien camarade? « Puis, encore tout ému, il ajouta en s'adressant à moi : « Entre dans ma boutique et tâche, comme tu l'as dit, quêtes mains montrent qui tu es. »
Aussitôt il me chargea d'exécuter une magnifique pièce d'argenterie, destinée à un cardinal. C'était un petit coffre , copié d'après celui de porphyre qui est devant la porte de la Rotonda. Je l'enrichis de si beaux petits masques de mon invention, que mon maître allait le montrer à tous ses confrères, en se vantant de ce qu'un si admirable morceau était sorti de sa boutique. Ce coffret iivait une demi-brasse de dimension environ, et il était disposé de façon à pouvoir servir de salière. De lui me vint le premier argent que je gagnai à Rome; j'en envoyai une partie à mon bon père, et je gardai l'autre