LIVRE PRKMIKFv
pour subvenir à mes besoins. J'en profitai pour étudier les antiques. J'attendis que ma bourse fût vide pour retourner travailler à la boutique.
-Mon ami (ìian Battista Tasso, après un court séjinir à Rome, retourna à Florence. Quant à moi, j'entrepris un nouvel ouvrage; dès qu'il fut achevé, cédant aux suggestions d'un Milanais , nommé maestro Pagolo Arsago, j'eus la fantaisie de changer de maître. Firenzuola, mon premier patron, eut alors une violente querelle avec cet Arsago. Il lui adressa en ma présence quelques paroles injurieuses. Je pris aussitôt la défense de mon nouveau maître, et je dis à Firenzuola que j'étais né libre et que libre je voulais vivre ; qu'il ne pouvait se plaindre d'Arsago, et encore moins de moi, puisqu'il medevaitcncore quelques écus; enfin, que, comme ouvrier libre, j'entendais aller où bon me semblait, du moment que je ne faisais de tort à personne. Mon nouveau maître dit qu'il ne m'avait point appelé, et que je l'obligerais en retournant chez Firenzuola. A cela je répliquai que, sachant ne lui causer aucun tort, et qu'ayant fini les ouvrages commencés, je prétendais dépendre de moi-même et non des autres, et que quiconque voulait m'employer devait s'adresser à moi. Là-dessus Firenzuola s'écria : « Quant à moi, je ne veux pas te prier, et, en outre, aie soin de ne plus te présenter devant moi sous aucun prétexte. » Je lui rappelai l'argent qu'il me devait, mais il tourna ma réclamation en dérision. Je lui dis alors que, si je savais me servir de mes outils, dans mon métier, comme il l'avait vu, je saurais non moins bien tirer parti de mon épée pour recouvrer le prix de mon travail. A ces mots s'arrêta un vieillard que l'on appelait maestro Antonio de San -Marino. C'était le
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premier orfèvre de Rome. Il avait été autrefois le maitre de Firenzuola. Ayant entendu mes raisons, que je disais de façon qu'on pouvait parfaitement les entendre, il me prit sous sa protection et engagea Firenzuola à me payer. La dispute fut vive, car ce Firenzuola était bien plus adroit ferrailleur qu'habile orfèvre. Cependant la justice et la raison devaient l'emporter, et je les appuyai avec tant de valeur, que je fus payé. Plus tard, Firenzuola et moi devînmes amis, et je tins, à sa prière, un de ses enfants sur les fonts baptismaux.
Retour à Florence. — Le chiavacuore. — Les deux Guasconti.
Je travaillai donc chez maestro Pagolo Arsago. Je gagnai avec lui beaucoup d'argent, dont j'envoyai toujours la plus grande partie à mon père. Au bout de deux ans, ses sollicitations me déterminèrent à retourner à Florence. Je rentrai chez Francesco Sahmbene, auprès duquel je réalisai de gros bénéfices. Je n'épargnais ni peines ni fatigues pour me perfectionner dans mon art. Je renouai amitié avec Francesco Lippi, et, bien que je me fusse lancé dans les plaisirs pour me distraire des ennuis que me causait ma maudite flûte, je ne laissais pas de consacrer quelques heures du jour ou de la nuit à de sérieuses études'.
I. Dans le manuscrit original, Ccllini a raye le passage suivant, que