‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 174 sur 275 · I.IVKK CINQUIEME · texte numérisé non relu

I.IVKK CINQUIEME

et il lui demanda s'il m'avait compté les cinq cents ccus. Le trésorier repondit qu'on ne l'en avait point prévenu. Le roi en fut très mécontent, car il avait recommandé au cardinal d^ivertir son trésorier. Enfin, Sa Majesté me dit d'aller à Paris et de chercher un atelier convenable, et il ajouta qu'il aurait soin de me le faire donner.

Après avoir reçu les cinq cents écus d'or, je partis pour Paris, où je m'installai dans une maison du cardinal de Ferrare.

Je me mis aussitôt à l'œuvre en invoquant le nom de Dieu, et j'exécutai en cire quatre petits modèles, hauts de

deuxtiersdebrasse, représentant Jupiter, Junon, Apollon et Vulcain.

Sur ces entrefaites, le roi vinta Paris. Je m'empressai d'aller le trouver avec mes ouvriers Ascanio et Pagolo et de lui porter mes modèles. Il en fut très content, et il me recommanda de commencer par exécuter en argent le Jupiter de la dimension convenue.

Je présentai alors à Sa Majesté mes deux jeunes gens en lui disant que je les avais amenés d'Italie pour son service, parce qu'étant mes élèves ils devaient m'aider beaucoup mieux que les ouvriers de Paris. Le roi m'approuva et me dit de leur fixer moi-même un salaire. Je répondis que cent écus d'or pour chacun d'eux seraient suffisants, et que je saurais leur faire bien gagner cet argent. Ce fut chose conclue.

J'appris ensuite au roi que j'avais trouvé un emplacement qui me semblait convenir parfaitement à mes travaux. <( Cet endroit, continuai-je, se nomme le petit Nesle et appartient à Votre Majesté, qui l'a cédé au prévôt de Paris; mais comme celui-ci ne l'utilise point. Votre Majesté peut le donner à moi, qui en tirerai bon

parti pour son service. — Ce château est à moi, répliqua le roi, et je sais très bien que celui à qui je Tai laissé ne rhabite point. Ainsi donc prenez-le pour vos travaux. » Et aussitôt il enjoignit à un de ses lieutenants de m^en mettre en possession. Cet officier lui représenta que cela était impossible; mais le roi se fâcha et déclara qu'il entendait donner son bien à qui bon lui semblait, et surtout aux gens qui travaillaient pour lui; que ce château ne servait à rien, et enfin qu'il voulait qu'on ne lui parlât plus de cela. Le lieutenant ajouta qu'il faudrait employer un peu de force. « Allez, allez, s'écria le roi, et si un peu de force ne suffit pas, employez-en beaucoup. » Le lieutenant me conduisit alors au petit Nesle. Il fut en effet obligé d'avoir recours à la force pour m'y installer. Il m'avertit ensuite de bien me tenir sur mes gardes si je désirais ne point y être tué.

Dès que j'eus pris possession du château, je m'entourai de domestiques et j'achetai une grande quantité d'armes d'hast. Pendant quelques jours, j'eus à subir de rudes tribulations; car, le prévôt de Paris' étant un personnage très puissant, tous les autres gentilshommes m'étaient hostiles et m'accablaient de tant d'insultes que je ne pouvais y résister.

Je noterai qu'à l'époque où j'entrai au service de Sa Majesté, nous nous trouvions en 1640, et que, par conséquent, j'avais précisément quarante ans.

I. Cette charge était occupée par Jean d'Estouville, seigneur de Villebon. — E. F.

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