I. Pierre Gauthier. — E. F
4i6 VIE DE BENVENUTO CELLINI.
ouvriers allemands, refusa de déloger. Ce fut en vain que je lui dis plusieurs fois, avec douceur, qu'elles m'étaient nécessaires pour le service du roi. Plus je parlais avec modération, plus cet animal me répondait avec hauteur. A la fin, je lui fixai trois jours pour tout délai. 11 ne fit qu'en rire, et me déclara qu'au bout de trois ans il commencerait à y penser. J'ignorais qu'il était protégé par madame d'Étampes. Si je n'avais pesé mes actions un peu plus qu'auparavant, à cause des termes dans lesquels j'étais avec madame d'Étampes, j'aurais renvoyé cet insolent sur-le-champ; mais j'avais résolu de patienter trois jours. Lorsqu'ils furent écoulés, j'armai, sans souffler mot, mes Allemands, mes Italiens, mes Français et bon nombre de manœuvres ; puis, en un clin d'œil, je démolis toute la maison et je jetai les meubles à la porte du château. J'adoptai ce parti un peu rigoureux, parce que ce drôle m'avait dit qu'il ne connaissait pas un Italien assez hardi pour oser déranger chez lui un seul clou. Après cette expédition, je lui dis : « Je suis le plus petit Italien de toute l'Italie, et ce que je t'ai fait n'est rien en comparaison de ce que je me sens capable de te faire et de ce que je te ferai si tu prononces un seul mot. » Cet homme, frappé d'étonnement et d'épouvante, rassembla ses hardes de son mieux, puis courut chez madame d'Étampes, à qui il dépeignit avec des couleurs infernales ce qui s'était passé. Madame d'Étampes, qui était mon ennemie jurée, raconta cette scène au roi et l'amplifia d'autant plus, qu'elle avait la langue infiniment mieux pendue que mon adversaire. Sa Majesté, ainsi qu'on me l'apprit, fut très irritée contre moi et voulut me punir; mais le dauphin Henri, son fils, aujourd'hui roi de France, et la reine de Navarre, sœur de François I",