‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 190 sur 275 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

ayant reçu quelques alVronts de l'audacieuse favorite, plaidèrent ma cause avec tant de chaleur, que le roi finit par tourner toute rallairc en plaisanterie. Ainsi, avec Taide de Dieu, je sortis heureusement de ce mauvais

pas.

Intrigues de madame d'Étampcs cl du Primaticcio.

Je fus encore obligé de traiter pareillement un autre locataire du même genre; mais je ne démolis point la maison, je me contentai de jeter les meubles dehors. Madame d'Etampes profita de cette nouvelle occasion pour oser dire au roi : « Je crois que ce démon-là saccagera un jour tout Paris. » A ces mots, le roi répliqua en colère à madame d'Etampes, que j'avais cent fois raison de me défendre contre cette canaille qui voulait m'empêcher de le servir.

La rage de ma cruelle ennemie allait chaque jour en augmentant. Elle appela près d'elle un peintre qui demeurait à Fontainebleau, où le roi résidait presque continuellement. Ce peintre était Italien et Bolonais. On rappelait le Bologna, mais son véritable nom était Francesco Primaticcio*. Madame d'Etampes le poussa à

I. Niccolo Primaticcio naquit à Bologne, en 1490, et mourut en ibjo environ. — Après avoir travaillé dans le palais du T, sous la direction de Jules Romain, il fut envoyé par le duc de Mantoue au roi François I«r, qui avait demandé à ce prince un jeune artiste qui fût à la fois peintre et stucateur. François le le récompensa de ses services

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prier le roi de lui confier rexécution de la fontaine dont Sa Majesté m\ivait chargé, et elle lui assura qu'elle l'aiderait de tout son pouvoir. Ainsi fut convenu. Ce Bologna fut au comble de la joie et compta sur le succès, bien que ce travail fût étranger à sa profession. Néanmoins, il était habile dessinateur, et avait eu soin de s'entourer d'ouvriers formés à Fècole du Rosso, peintre florentin d'un talent vraiment étonnant, à l'admirable manière duquel il était redevable de tout ce qu'il faisait de bon. Grâce à ces misérables raisons, chaudement appuyées par madame d'Étampes, qui ne cessa jour et nuit avec son protégé de marteler les oreilles du roi, Sa Majesté finit par céder aux instances de mes deux adversaires, surtout quand elle les entendit lui dire d'un commun accord : « Comment sera-t-il possible. Majesté sacrée, que Benvenuto fasse vos douze statues d'argent, dont pas une seule n'est encore terminée? Si vous persistez à lui laisser cette nouvelle et vaste entreprise, il faut absolunient que vous renonciez à la première, qui vous tient tant à cœur; car cent artistes de la plus haute habileté ne suffiraient pas pour mener à fin les immenses travaux que ce vaillant homme veut aborder. On voit qu'il a grande volonté de faire; mais son ambition sera cause que bientôt lui et ses ouvrages seront perdus pour Votre Majesté. » Le roi, ébranlé par ces captieuses

en le nommant officier de sa chambre et en lui donnant l'abbaye de Saint-Martin qui produisait huit mille écus de rente. Le Primaticcio obtint ensuite de François II l'intendance générale des bâtiments du royaume. Cette charge lui fut conservée par Charles IX. Praticien consommé, machiniste habile, compositeur riche et abondant, ornemaniste grandiose, le Primaticcio était, certes, bien digne des hautes missions qui lui furent confiées, malgré tout ce que nous en dira notre Cellini. — Voy. Vasari, Vie du Primaticcio, t. IX, p. 179 ctsuiv.

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