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bons appointements. Comme il semblait être un très brave garçon, car il se montrait d'une dévotion extrême et était toujours occupé à marmotter des psaumes ou à réciter son chapelet, Je croyais pouvoir me fier entièrement à lui. Un jour donc je le tirai à part, et je lui dis : « Pagolo, mon très cher frère, tu vois comme tu es heureux près de moi, et tu te rappelles qu'auparaAant tu te trouvais sans aucune ressource; en outre, tu es mon compatriote, et je vois avec plaisir que tu remplis scrupuleusement tous tes devoirs de religion ; c'est pourquoi j'ai pleine confiance en toi. Maintenant, comme je compte sur toi plus que sur tout autre, je te prie de me venir en aide, et je te recommande surtout deux choses que j'ai particulièrement à cœur : la première est de veiller avec soin à ce que Ton ne me dérobe rien de ce qui m'appartient, et de n'}' point toucher toi-même; la seconde a rapport à cette pauvre petite Catherine. Tu n'ignores pas que je l'ai prise principalement pour mon art et que sans elle je ne saurais rien faire. Mais je suis homme, et elle a servi à mes plaisirs charnels, de sorte qu'il se pourrait qu'elle me donnât un fils. Or, je ne suis pas d'humeur à nourrir les enfants des autres, ni à supporter une injure, et, si je m'apercevais que quelqu'un de cette maison fût assez audacieux pour jeter les yeux sur elle, je crois en vérité que je les tuerais l'un et l'autre. Je te supplie donc, cher frère, de me prêter ton assistance. Si tu remarques quelque chose, avertis-moi sur-le-champ; car alors j'enverrais à la potence la Catherine, sa mère et l'autre coupable. Prends garde à toi tout le premier. » Aussitôt ce ribaud s'écria, en faisant un signe de croix de la tête aux pieds : «O doux Jésus! que Dieu me garde de jamais penser à une telle chose! D'abord, j'ai toujours eu hor-
reur de cet affreux péché, et ensuite pensez-vous que j'aie oublié tous vos bienfaits? » A ces mots, qu'il prononça d'un ton simple et affectueux, je restai convaincu qu'il parlait sincèrement.
Le flagrant délit.
Deux jours après arriva une fête dont messer Matteo del Nazaro', artiste italien au service du roi, profita pour m'inviter avec mes jeunes gens à une partie de plai-
I. Cet artiste, qui se nommait Matteo dal Nassaro, et non del Nazaro, comme l'atteste Vasari, était fils d'un chaussetier d'un hameau aux environs de Vérone, appelé le « Nassar ». Après avoir appris la musique sous la direction de Marco Carra et du Trombocino, et la gravure en creux à l'école du Mondella et de l'Avanzi, il entra au service de François I*', qui, suivant les expressions de Vasari, aima en lui le musicien non moins que le graveur. « Après avoir exécuté de nombreux ouvrages pour la cour de France, Matteo, ajoute Vasari, voulut revoir sa patrie; mais il ne put v rester autant qu'il aurait désiré. François l", après sa captivité, lui envoya un courrier qu'il chargea de le ramener et de lui payer son traitement, même pour le temps qu'il avait passé à Vérone. — A son retour en France, .Matteo fut nommé maître de la Monnaie, ce qui le détermina à se fixer dans ce pays et à s'y marier. Matteo se distingua par sa libéralité et sa courtoisie. Pas un Véronais, pas un Lombard n'allait en France sans recevoir chez lui l'accueil le plus atTectueux, .Matteo avait un caractère aussi élevé que généreux : il aimait mieux donner ses ouvrages que de les vendre au-dessous de leur valeur. Un certain baron lui ayant offert un prix misérable pour un camée important qu'il lui avait commandé, .Matteo le pria avec instance de l'accepter en pur don. Le baron refusa et réitéra ses mesquines propositions. Aussitôt Matteo, furieux, s'empara d'un marteau et broya le camée. — Il mourut peu de temps après François I". * Vovez Vasari, \'ie de Matteo dal Nassaro, t. VIII, p. i54 et suivantes.