‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 193 sur 275 · I.IVKK S IX 1 KM E · texte numérisé non relu

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sir dans son jardin. Je nie disposai donc à sortir, et j'engageai Pagolo à venir se promener et se divertir avec nous. Il me répondit que ce serait une grande imprudence que de laisser la maison ainsi seule, « Voyez, ajouta-t-il, combien vous avez d'or, d'argent et de pierreries. Dans cette ville de voleurs, il faut avoir l'œil ouvert jour et nuit. Tout en gardant la maison, je m'occuperai à réciter mes oraisons. Allez sans inquiétude vous amuser et vous donner du bon temps; la prochaine fois un de mes camarades restera au logis. » Je partis donc parfaitement tranquille avec l'autre Pagolo, Ascanio et Chioccia, et nous passâmes joyeusement la journée dans le jardin de Matteo del Nazaro.

Vers le soir, un soupçon me frappa. Je commençai à réfléchir aux paroles remplies d'une feinte simplicité que m'avait dites mon h3'pocrite coquin. Je montai aussitôt à cheval, et je retournai avec deux de mes serviteurs à mon château. J'y surpris Pagolo et cette misérable Catherine presque en flagrant délit. A peine fus-je arrivé que la mère de Catherine, cette vile ruffienne, se mit à crier : «Pagolo! Catherine! voici le maître! » Ils accoururent l'un et l'autre, les vêtements tout en désordre, avec un air effaré et stupide, sans savoir ni ce qu'ils disaient ni où ils allaient, de façon qu'il était évident qu'ils venaient de commettre le péché. Enflammé de colère, je mis la main à l'épée, décidé à les massacrer tous deux. Pagolo s'enfuit, Catherine se précipita à genoux en implorant toutes les miséricordes du ciel. J'aurais voulu commencer par tuer Pagolo, mais je ne pus le rejoindre sur-le-champ, et, pendant que je le poursuivis, je me ravisai et je pensai qu'il valait mieux les jeter tous les deux à la porte; car avec cette nouvelle

aventure, ajoutée à tant d'autres, ma vie aurait certainement été en danger. Je dis donc à Pagolo : « Ribaud, si mes yeux avaient vu ce que tu me donnes lieu de croire, je te percerais dix fois le ventre avec cette cpée. Décampe à rinstant, et sache que, si tu as une oraison à débiter, c'est celle de saint Julien'. » Je chassai ensuite la mère et la fille à coups de pied et à coups de poing. Elles songèrent à la vengeance et allèrent consulter un avocat normand, qui engagea Catherine à m'accuser d'avoir vécu avec elle à ia manière italienne. Par là on entendait le péché contre nature, autrement dit de sodomie. " Dès que cet Italien, continua l'avocat, apprendra cette accusation et saura quelles terribles conséquences elle peut entraîner, il vous donnera de suite quelques centaines de ducats, afin que vous vous taisiez, car il sera effrayé à la seule idée du sévère châtiment que Ton inflige en France pour ce crime. » Ce conseil fut suivi, la plainte fut portée et je reçus une assignation. Plus je cherchais à me tranquilliser l'esprit, plus j'étais harcelé d'inquiétudes.

Accusation infâme.

Chaque jour persécuté de mille façons, je commençai à

I. Chaque matin, Rinaldo d'Asti, en sortant de l'auberge, récitait un Pater noster et un Ave Maria pour le père et ia mère de saint Julien, en priant ce bienheureux de lui faire rencontrer le soir un bon logement. — Voy. le Decameron, Gior. Il, nov. II,

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