‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 198 sur 275 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

MuniHcencc de Francois I""".

Je travaillais sans relâche, de sorte que mes ouvrages étaient fort avancés : le Jupiter et le vase étaient presque terminés; la porte commençait à déployer ses beautés. Sur ces entrefaites, le roi vint à Paris. Nous n'avions pas encore passé Tannée 1643, bien que la naissance de ma fille, que j'ai déjà notée, n'ait eu lieu qu'en 1544; si j'en ai parlé, c'est que l'occasion s'en est présentée, et que j'ai voulu en profiter pour ne pas mêler le récit de cet événement cà celui de choses plus importantes. Dès que le roi fut arrivé à Paris, il se rendit chez moi, où se trouvaient assez d'ouvrages en bon train pour contenter la vue : aussi en témoigna-t-il autant de satisfaction que je pouvais le désirer, après les fatigues que j'avais endurées. S'étant rappelé aussitôt que le cardinal de Ferrare ne m'avait donné ni pension ni rien de ce qu'il m'avait promis, il dit à voix basse à son amiral que le cardinal s'était mal conduit en agissant ainsi; mais qu'il voulait réparer cela, parce qu'il voyait que j'étais peu parleur et capable de partir un beau jour sans souffler mot. Làdessus il se retira. Après son dîner, il chargea le cardinal d'ordonner au trésorier de l'épargne de me remettre au plus tôt sept mille écus d'or, en trois ou quatre payements, à son gré, pourvu qu'il n'y manquât pas. Sa Majesté ajouta niême : « J'avais confié Benvenuto à vos

soins et vous l'avez oublié. » Le cardinal répondit qu'il obéirait avec plaisir à Sa Majesté; mais sa malignité m'empêcha de profiter de la bonne volonté du roi. A cette époque, la France était de plus en plus en proie aux calamités de la guerre : l'Empereur marchait sur Paris à la tête d'une armée formidable. Le cardinal, sachant qu'il y avait pénurie d'argent dans le royaume, saisit cette occasion pour parler de moi au roi et lui dire : a Majestée sacrée, j'ai pensé agir pour le mieux en ne faisant pas délivrer les sept mille écus à Benvenuto, d'abord parce que maintenant on a trop besoin d'argent, ensuite parce qu'une si grosse somme serait cause que vous perdriez plus tôt cet artiste. En effet, il se croirait riche, achèterait des biens en Italie, et, une fois que la fantaisie l'en prendrait, il vous quitterait avec plus de facilité. Il me semble que, si Votre Majesté veut le garder plus longtemps à son service, il vaudrait mieux qu'elle lui donnât quelque chose dans son royaume. »>

Visite du roi à Cellini.

Le roi sembla approuver ces raisons, parce qu'il était à court d'argent; mais, comme il avait le cœur haut placé et vraiment digne d'un prince tel que lui, il vit bien que le cardinal avait agi ainsi plus *pour se mettre en relief que par prévision des besoins du royaume. Je le répète donc, bien que le roi eût paru trouver bonnes

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