LIVRE SEI'TIEME
La maison de la \ ia della Pergola.
Impatient de me mettre à Tœuvre, je dis à Son Excellence que j'avais besoin d'une maison où je pusse construire mes fourneaux et établir plusieurs ateliers pour travailler la terre, le bronze, Tor et l'argent : « Car, ajoutai-je, si Votre Excellence n'ignore pas que je suis capable d'exécuter pour elle toutes sortes d'ouvrages dans les différentes branches de l'art, elle sait aussi que pour cela il me faut une installation commode. Du reste, pour la convaincre de mon vif désir de la servir, je lui avouerai que j'ai déjà trouvé une maison convenable dans un endroit qui me plaît beaucoup. Mais, comme je ne veux demander ni argent ni quoi que ce soit à Votre Excellence avant qu'elle ait vu mes œuvres, voici deux bijoux que j'ai rapportés de France et que je la prie de conslicrer à l'acquisition de cette maison, ou de garder jusqu'à ce que je les aie rachetés par mes travaux. » Ces bijoux avaient été parfaitement exécutés par mes ouvriers , d'après mes propres dessins. Le duc les examina longtemps, puis me dit ces encourageantes paroles, qui me remplirent de fausses espérances : « Reprends tes bijoux. Benvenuto; c'est toi seulement que je veux; tu auras la maison sans qu'elle te coûte rien. » Il traça ensuite au
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bas de ma supplique', que j'ai toujours conservée, un rescrit ainsi conçu : « Que Ton voie ladite maison, qui a droit de la vendre, et quel prix on en demande, car nous voulons en gratifier Benvenuto. » Je crus qu'avec ce res-
I. La bibliothèque palatine possède l'original de cette supplique, qui est ainsi conçue :
( Illustrissime et excellentissime seigneur et maître, € toujours honoré,
« La maison est située dans la via Lauro, au ccÀn des Quatre-Mai- ( sons. Elle est contigue au jardin des Nocenti, et appartient aujourc d'hui à Luigi Rucellai, de Rome: Leonardo Ginori, de Florence, est ( chargé de l'administrer. Elle appartenait auparavant à Girolamo ( Salvadori. Je supplie Votre Excellence de vouloir bien me mettre à « l'œuvre. — De Votre Excellence le dévoué serviteur,
« Benvenuto Cellini. »
Au-dessous de ces mots est le rescrit suivant, qui diffère peu de celui que rapporte Cellini :
« Que l'on voie qui a droit de vendre cette maison et le prix que « l'on en demande, car nous voulons en gratifier Benvenuto. »
Plus bas, Benvenuto a ajouté de sa propre main :
« Son Excellence illustrissime m'avait demandé où était située ladite f maison; quels étaient les tenants et les aboutissants, les noms des « rues et les gens chargés de la vendre. Dès que je le lui eus appris e par les simples lignes qui se trouvent plus haut, elle traça le rescrit ( de sa propre main, en me donnant la maison gratuitement et à per- * pétuité. Cela fut cause que je ne songeai plus à retourner en France, « car j'aimais beaucoup mieux avoir une humble maison dans ma f patrie, et vivre sous un si excellent duc, que d'être en France sei- ( gneur d'un château, avec mille écus de pension, au service de l'ad- « mirable roi François I*"'. Deux cents écus dans ma patrie me parurent « bien préférables, épris que j'étais de la courtoisie de Cosme, illus- « trissime et excellentissime duc de Florence. »
Cellini se trompe en plaçant dans la via Lauro la maison dont il est ici question. Il serait trop long de relater les nombreux documents qui démontrent son erreur. Nous nous contenterons de dire que la maison qu'il tenait de la générosité du duc Cosme est située dans la via della Pergola. Une inscription, gravée sur une plaque de marbre, la signale à la curiosité des voyageurs.