‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 216 sur 275 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

dessein il exécution ! Il faut que Son Excellence n'ait point eu de suite connaissance de cette scène diabolique. Durant plusieurs jours, je laissai Florence tout à fait de côté, et je ne m'occupai que de ma sfeur et de mes deux jeunes nièces. Je voulais les établir de mon mieux avec le peu d'argent que j'avais apporté, puis regagner la France pour ne plus revoir l'Italie.

J'étais donc résolu à partir le plus tôt possible sans prendre congé du duc ni de qui que ce fût, lorsqu'un matin le majordome m'appela lui-même très humblement et entama un discours de pédant, qui n'avait ni mode, ni grâce, ni force, ni queue, ni tête. J'y compris seulement qu'il se disait bon chrétien; qu'il assurait ne vouloir nourrir de haine contre personne, et qu'il me demandait de la part du duc quels appointements je désirais. A ces mots je me mis un peu sur la défensive, et je m'abstins de répondre pour ne point m'cngagcr. Voyant que je gardais le silence, il se hasarda à me dire : « Mais, ô Benvenuto ! on répond aux ducs; c'est de la part de Son Excellence que je te parle. » Alors je lui dis que, puisqu'il en était ainsi, je lui répondrais très volontiers; puis je le chargeai de déclarer à Son Excellence que j'entendais n'être pas traité moins bien qu'aucun des artistes qui étaient à son service. « Le Bandinelli, reprit le majordome, a deux cents écus d'appointements; si tu te contentes de cette somme, la chose est conclue. » Je répondis que j'acceptais et qu'on me donnerait ce que je mériterais de plus, lorsque Son Excellence illustrissime, au jugement éclairé de laquelle je me fiais, aurait vu mes ouvrages. Ainsi, malgré moi, je renouai ma chaîne et je me mis à travailler pour le duc, qui, du reste, ne cessait de me prodiguer toutes les faveurs imaginables.

Nouvelles de France.

Je recevais souvent des lettres de France, de mon fidèle ami messer Guido Guidi : elles ne m'annonçaient rien de fâcheux. Mon ouvrier Ascanio m'écrivait aussi de son côté. Il m'engageait à me donner du bon temps et m'assurait que, s'il arrivait quelque chose de nouveau, il m'en avertirait.

Le roi François I" apprit que je m'étais mis à travailler pour le duc de Florence. Comme il était le meilleur homme du monde, il dit plusieurs fois : « Pourquoi Benvenuto ne revient-il donc pas? » Il questionna particulièrement mes jeunes ouvriers, qui tous deux lui répondirent que je leur écrivais que j'étais très bien; et ils ajoutèrent qu'ils pensaient que je n'avais plus envie de rentrer au service de Sa Majesté. Le roi, irrité de ces irrévérencieuses paroles dont j'étais innocent, s'écria : « Puisqu'il nous a quitté sans aucun motif, je ne le rappellerai jamais; ainsi qu'il reste où il est. « Ces infâmes bandits avaient amené les choses au terme qu'ils désiraient; car, si j'eusse reparu en France, ils seraient redevenus ouvriers comme auparavant, tandis que, si je n'y reparaissais pas, ils demeuraient les maîtres et prenaient ma place : aussi n'épargnèrent-ils rien pour que je ne revinsse point.

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