‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 225 sur 275 · LIVRE SEPTIEME. 5i · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME. 5i

Tattaqucr serait une affreuse lâcheté, Je lui dis : « N'aie pas peur, vil poltron, je ne te juge pas digne de mes coups. » Il me regarda de la manière la plus humble et ne soufria mot. Alors je revins à de meilleurs sentiments et je remerciai Dieu, qui m'avait empêché de commettre une telle violence. Lorsque je fus ainsi délivré de cette diabolique fureur, je recouvrai mes esprits et je me dis à moi-même : « J'espère que mon ouvrage, si Dieu m'accorde la grâce de le terminer, suffira pour abattre tous mes infâmes ennemis : ce sera une vengeance plus grande, plus glorieuse que si je l'eusse assouvie sur un seul. » Je regagnai mon logis avec cette bonne pensée.

Trois jours après, on m'annonça que ma commère avait étouffé mon fils unique. Cet événement me causa le plus vif chagrin que j'eusse jamais ressenti. Cependant je me jetai à genoux, et, tout en pleurant, je remerciai Dieu, suivant mon ordinaire. « Seigneur, m'écriai-je, tu me l'avais donné, et tu viens de me l'ôtcr; je rends grâces à ta divine majesté. » Bien que la douleur m'eût presque anéanti, je fis de nécessité vertu et je me consolai de mon mieux.

Le bloc de marbre.

A cette époque, un jeune ouvrier nommé Francesco, qui était fils du forgeron Matteo, quitta le service du Bandinelli, et m'envo3'a demander si je voulais lui don-

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ncr du travail. JV consentis, et je remplo3'ai à réparer la figure de la Méduse, que j'avais déjà jetée en bronze. Au bout de quinze jours, Francesco me dit qu'il avait parlé à son maître Bandinelli, lequel Pavait chargé de m'offrir de sa part un magnifique bloc, si je voulais faire une statue de marbre. « Dis-lui que j'accepte, répondis-je aussitôt. Peut-être ce marbre scra-t-il pour lui un bloc de malheur; car il me provoque, et il oublie le grand danger auquel je lui ai permis d'échapper sur la place deSan-Domenico. Dis-lui que maintenant j'exige ce marbre. Je ne parle jamais de cet animal, et pourtant il ne cesse de m'ennuyer. Je suis même porté à croire que tu n'es venu travailler avec moi que par ses ordres, dans le seul but de m'cspionner. Ainsi donc, retourne à son service, et dis-lui bien qu'à présent je veux avoir le marbre en dépit de lui. »

Visite au palais.

Depuis longtemps je n'avais point paru au palais. Un jour, j'eus la fantaisie d'y aller. Le duc avait presque fini de dîner lorsque j'y arrivai. Le matin, à ce qu'on me dit, il avait parlé de moi avec force éloges et beaucoup vanté mon habileté à monter les pierres fines. Dès que la duchesse me vit, elle me fit appeler par messer Sforza, et, quand je me fus approché d'elle, me pria de lui monter en anneau un petit diamant taillé en pointe. Elle ajouta

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