‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 238 sur 275 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

rencontrai au }xilais le majordome messer Pierfrancesco Ricci. Au moment où je m'approchai de lui pour lui faire les politesses d'usaj^e, il s'écria du ton de la plus profonde surprise : « Comment, te voilà de retour? » Puis, sans sortir de sa stupéfaction, il me dit en se frappant les mains Tune contre Tautrc : « Le duc est à Castello! » Et là-dessus il me tourna les épaules et partit. Ne pouvant savoir ni imaginer ce que signifiait la conduite de cet animal, je courus sur-le-champ à Castello. J'entrai dans le jardin : le duc y était, je le reconnus de loin. Dès quMl m'aperçut, il fit un geste de surprise et me dit de me retirer. Moi, qui me flattais que Son Excellence me verrait avec plus de plaisir qu'auparavant, je fus vivement blessé de ces bizarres procédés.' Je retournai très chagrin à Florence, où je m'occupai sans relâche à terminer ma statue. Dans l'impossibilité où j'étais d'assigner une cause à cette étrange réception, je me mis à observer la manière dont m'accueillaient le signor Sforza et les autres intimes du duc. Je ne pus même m'empêcher de demander au signor Sforza ce que tout cela voulait dire. Il se contenta de me répondre en souriant : « Benvenuto, appliquez-vous à être honnête homme et ne vous inquiétez de rien. » Peu de jours après, on me fournit l'occasion de parler au duc. Il m'adressa quelques compliments assez louches, puis me questionna sur ce qui se faisait à Rome. Je soutins la conversation de mon mieux, et je lui parlai du buste de Bindo Altoviti et de ce qui s'en était suivi. M'étant aperçu qu'il m'écoutait avec beaucoup d'attention, je lui contai également tout ce qui s'était passé entre Michel-Ange et moi. Il en éprouva quelque dépit, mais il rit à gorge déployée lorsque je lui rapportai les paroles d'Urbino. « Tant pis

pour Michel-Ange! » s'écria-t-il ensuite. Là-dessus je le quittai.

A coup sûr, le majordome Picrfrancesco m'avait secrètement desservi auprès du duc; mais ses menées n'obtinrent point de succès, car Dieu, qui aime la vérité, me protégea comme il Ta fait jusqu'à ce jour dans tous les dangers que j'ai courus. J'espère qu'il continuera de me prêter son appui jusqu'à la fin de ma vie agitée. Appuyé sur lui, je marche courageusement en avant, sans me laisser épouvanter par la fureur du destin ou de ma cruelle étoile; mon unique souci est de me maintenir en grâce auprès de Dieu,

Affaire du collier de perles.

Maintenant, bon lecteur, écoute le récit d'un terrible événement. Je mettais tout le soin et toute la célérité possibles à terminer ma statue. Le soir, j'allais dans le garde-meuble du duc aider les orfèvres que Son Excellence employait, car la plupart de leurs ouvrages s'exécutaient d'après mes dessins. Je m'y rendais quelquefois dans la journée, car j'avais remarqué que le duc prenait beaucoup de plaisir à voir travailler les ouvriers et à converser avec moi. Un jour, entre autres, le duc y vint suivant son habitude, et cette fois-là d'autant plus volontiers qu'il avait appris que je m'y trou\ ais. Dès qu'il fut arrivé, il se mit à me parler d'une foule de choses intéressantes. De mon côté, je sus si bien animer la con-

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