‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 248 sur 275 · LIVRE HUITIKME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIKME

Ce dernier non seulement fit alììcliLT plusieurs sonnets, mais encore ciiargea son neveu Sandrino de m'en présenter quelques-uns, qui, dans un style admirable, disaient tant de bien de mon Persce que je me trouvai un peu dédommagé de mes déboires. Dès que j'eus recouvert ma statue, je travaillai activement à la finir.

Succès du Persée et manœuvres de Bandinelli.

L'extrême faveur avec laquelle m'avait traité notre illustre école, qui cependant n'avait fait qu'apercevoir mon ouvrage, n'empêcha pas le duc de dire : «Je suis charmé que Benvenuto ait eu cette petite satisfaction, qui l'excitera à terminer avec plus de soin et de célérité sa statue; mais qu'il se garde de penser qu'elle obtiendra le même succès lorsqu'elle sera tout à fait découverte et qu'on pourra l'examiner de tous côtés. On ne laissera alors échapper aucune des fautes et même on saura lui en trouver plus qu'elle n'en a. Ainsi, que Benvenuto fasse provision de patience. » Le duc répétait là ce qu'il avait entendu dire par le Bandinelli, qui, à l'appui de ses assertions, mit en avant les ouvrages d'Andrea del Veroc-

l'âge de soixante-neuf ans. — II est regardé comme un des peintres les plus habiles de son temps, et, en outre, il occupe un rang distingué parmi les poètes. Ses poésies ont été imprimées. Il a aussi écrit quelques lettres sur la peinture. — Voyez Vasari, t. IX, p. 377 et suiv.

chio', l'auteur de ce beau Christ et de ce saint Thomas en bronze qui ornent la façade d'Orsanmichele. Bandinelli lui cita encore beaucoup d'autres statues et même Tadmirable David du divin Michel-Ange, qu'il accusa de n'être beau que de face. Il parla ensuite de son groupe d'Hercule et Cacus, en maudissant les gens qui l'avaient couvert de sonnets honteux pour lui. Leduc, dont la confiance en Baijdinelli était extrême, l'avait encouragé à parler ainsi, et il pensait que les choses tourneraient comme le prétendait ce lâche envieux, qui ne cessait de baver des méchancetés. En outre, ce gueux de Bernardino le courtier, se trouvant un jour avec le duc, lui dit, pour appuyer les paroles du Bandinelli : « Sachez, signor, que les grandes figures sont bien autrement difficiles que les petites. Je n'entends pas dire par là que Benvenuto sache très bien faire ces dernières, mais vous verrez que la grande ne réussira pas. » A ces odieux propos, Bernardino en ajouta encore beaucoup d'autres, auxquels il mêla une montagne de mensonges, en vil mouchard qu'il était.

I. Andrea del Verocchio, Florentin, naquit en 1432 et mourut en 1488. Comme la plupart des artistes de son temps, il cultiva tous les arts à la fois, l'orfèvrerie, la sculpture, la gravure, la peinture, et même la musique. Il eut pour élève le Pérugin et Léonard de Vinci. Vasari raconte que le Verocchio ayant chargé Léonard de peindre un ange dans un baptême du Christ, la figure du jeune élève se trouva tellement supérieure à celle du maître, que ce dernier, désespéré de se voir vaincu par un enfant, renonça pour toujours à la peinture. Le groupe du Christ et de saint Thomas dont vient de parler Cellini est rangea bon droit parmi les meilleures productions de la sculpture moderne, mais l'œuvre capitale d'Andrea est la statue équestre de Bartoiommeo de Bergame. — Voy. Vasari, Vie du Verocchio, t. III, p. 2Ô2 et suiv.

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Enfin, grâce à Dieu, mon glorieux et immortel Seigneur, je terminai complètement ma statue, et, un jeudi matin, je la livrai définitivement aux regards du public'. Il n'était pas encore grand jour que déjà un nombre incroyable de curieux s'étaient rassemblés autour du Parsec, qu'ils louaient d'une voix unanime et à qui mieux mieux. Le duc, à moitié caché derrière une fenêtre basse, placée au-dessus delà porte du palais, entendait tout ce qui se disait. Après avoir écouté pendant quelques heures, il se retira si fier et si content qu'il dit à messer Sforza : « Va trouver Benvenuto et assure-le de ma part qu'il m'a satisfait beaucoup plus que je ne l'espérais. Tu ajouteras que, moi, je lui réserve une récompense qui l'émerveillera; qu'ainsi il peut avoir l'esprit tranquille. » Messer Sforza s'acquitta aussitôt de ce glorieux message, qui ranima toute mon ardeur : aussi passai-je joyeusement cette journée, pendant laquelle chacun me montrait comme un prodige.

Parmi mes admirateurs il se trouvait deux gentilshommes que le vice-roi de Sicile avait envoyés auprès de notre duc pour régler quelques affaires. Je fus signalé à leur attention au moment où je traversais la place. Ils

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