‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 249 sur 275 · I. Le 27 avril i · texte numérisé non relu

I. Le 27 avril i

coururent aussitôt vers moi et m'abordèrent, la barette en main et en me débitant une harangue trop flatteuse même pour un pape. J'eus beau redoubler de modestie, ils continuèrent à m'accabler tellement de compliments, que je finis par les supplier en grâce de s'éloigner avec moi de la place, car le peuple commençait à me regarder avec plus de curiosité que mon Persée. Au milieu de toutes leurs cérémonies, ils osèrent me proposer de les suivre en Sicile. Ils me dirent que j'aurais lieu d'être content de leurs conditions et qu'ils avaient déjà enrichi Fra Giovanagnolo', de l'ordre des Servîtes, qui pourtant ne leur avait fait qu'une fontaine ornée de figures, assurément moins belle que mon Persée. Je les arrêtai en leur disant : « Je suis très étonne qu'au sein de ma patrie, cette école de tous les talents, vous me proposiez de quitter le service du plus ardent protecteur des arts qui ait jamais existé. Si je me laissais guider par l'amour du gain, je serais resté en France à la cour du grand roi François I", qui me donnait un traitement de mille écus d'or et de plus me payait la façon de tous mes ouvrages, en sorte que je gagnais plus de quatre mille écus par an. Or sachez que j'ai laissé à Paris les fruits de plus de quatre années de travaux. »

Après avoir ainsi coupé court à leurs instances, je les remerciai des louanges excessives qu'ils m'avaient pro-

I. Fra Giovanagnolo naquit à Montorsoli en i5o8, et mourut en 15G4. Il a laissé à Florence, à Arezzo, à Naples, à Gênes, à Messine, de nombreux ouvrages qui se distinguent plus par une grande habileté pratique que par un profond sentiment de l'art. On y voit déjà poindre les germes de cette honteuse décadence qui signale le règne des académies. Fra Giovanagnolo est l'homme qui conçut la malheureuse idée de relever ces fatales institutions, comme le raconte Vasari, dans la biographie de ce maître, t. VII, p. 29 et suiv.

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