‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 250 sur 275 · LIVRE HUITIÈME. Sôg · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. Sôg

diguées; j'ajoutai qu'un artiste ne pouvait ambitionner une plus glorieuse récompense, et qu'ils avaient tellement augmenté mon désir de bien faire, que j'espérais montrer avant peu d'années un ouvrage qui plairait encore plus que le Persée à Tadmirable école fiorentine. Mes deux gentilshommes auraient bien voulu renouer le fil de leurs compliments, mais, avec un coup de barette et une profonde révérence, je leur dis adieu.

XGIII

Pèlerinage.

Deux jours après, ayant vu que les éloges allaient toujours en croissant, je me décidai à me présenter chez le duc. «Benvenuto mio, me dit-il avec une gracieuseté infinie, je suis content de toi; mais, à mon tour, je m'engage à te satisfaire de façon à t'émerveiller : je veux même que la journée de demain ne se passe point sans cela. » A ces magnifiques promesses, je tournai toutes les facultés de mon âme vers Dieu et je lui adressai de vives et sincères actions de grâces. En même temps, je m'approchai du duc, je baisai le pan de son habit, et je lui dis avec des larmes de joie dans les yeux : « O mon illustre seigneur! généreux protecteur des arts et des artistes, je supplie Votre Excellence illustrissime de m'accorder avant tout huit jours, que je consacrerai à remercier Dieu, car c'est lui qui m'a soutenu dans mes rudes travaux. Reconnaissant de cette miraculeuse protection, je

veux, par un pèlerinage de huit jours, témoigner ma gratitude à ce Dieu immortel qui n'abandonne jamais ceux qui l'implorent avec ferveur. » Le duc me demanda alors où j'avais l'intention d'aller. «Je partirai demain, lui répondis-je, et j'irai à Vallombrosa, puis à Camaldoli et à TErmo, d'où je me rendrai à Bagno-di-Santa-Maria, et peut-être à Sestile, car j'ai appris qu'il y a là de belles antiquités. Je reviendrai ensuite joyeusement par San- Francesco-della-Vernia reprendre le service de Votre Excellence. — Eh bien! va, j'y consens, me dit le duc d'un ton de bonne humeur; mais auparavant, adressemoi un placet et fie-toi à moi pour le reste. » J'écrivis aussitôt quatre lignes et je les donnai à messer Sforza, qui les remit au duc. Son Excellence, après les avoir lues, les rendit à messer Sforza en lui disant : a Aie soin de me les mettre chaque jour sous les yeux, car si Benvenuto revenait sans que j'eusse expédié son affaire, je crois qu'il me tuerait. » C'est en plaisantant ainsi que le duc recommanda qu'on me rappelât à son souvenir. Ses propres paroles me furent rapportées le soir même par messer Sforza, qui, surpris de la grande faveur que me témoignait le duc, me dit en riant: «Va, Benvenuto, mais reviens promptement; car, je t'en avertis, je suis jaloux de toi. »

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