LIVRE HUITIÈME
Estimation du Persée.
Le jour suivant, je me présentai au duc. Après une courte conversation, il me dit d'un ton gai : « Demain, sans faute, j'expédierai ton affaire; ainsi, sois tranquille.» Moi, qui comptais sur sa parole, j'attendis le lendemain avec grande impatience. Enfin ce jour si désiré arriva. Je me rendis au palais. Comme les mauvaises nouvelles s'apprennent toujours plus vite que les bonnes, messer Jacopo Guidi, secrétaire de Son Excellence', m'appela avec sa bouche de travers, et me dit en se bouffissant et en se tenant aussi raide qu'un pieu : « Le duc veut savoir ce que tu demandes pour ton Persée. » Je restai stupéfait et confondu; cependant je répliquai sur-lechamp que je n'avais point l'habitude de fixer le prix de mes travaux, et que ce n'était point là ce que m'avait promis Son Excellence deux jours auparavant. Alors cet homme, élevant encore plus la voix, me commanda expressément, de la part du duc, sous peine d'encourir la disgrâce complète de Son Excellence, de lui dire ce que je réclamais pour ma statue. Après les caresses dont le duc m'avait accablé, je m'étais flatté non seulement qu'il rétribuerait généreusement mes travaux, mais encore qu'il m'accorderait ses bonnes grâces, seule rému-