‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 257 sur 275 · I. Michel-Ange avait alors quatre-vingts ans. — E. F · texte numérisé non relu

I. Michel-Ange avait alors quatre-vingts ans. — E. F

58o VIE DE BENVENUTO CELLINI.

ne jamais remettre les pieds dans la maison que Votre Excellence m'a donnée, sans plus jamais me soucier de revoir Florence.» Nous nous trouvions alors près de Santa-Felicità, et le duc retournait à son palais. « Ne pars pas, garde-toi bien de partir!» me dit Son Excellence d'un ton si furieux que j'en fus presque épouvanté et que je l'accompagnai au palais. Dès que nous y fûmes arrivés, le duc appela Tarchevéque de Pise, Bartolini, et messer Pandolfo della Stufa. Il les chargea de dire de sa part à Baccio Bandinelli qu'il eût à bien examiner mon Persée et à l'estimer, attendu qu'il voulait le payer à sa juste valeur. Ces deux braves seigneurs allèrent de suit© trouver le Bandinelli. Lorsqu'ils se furent acquittés de leur commission, Baccio leur répondit qu'il connaissait parfaitement mon ouvrage, qu'il savait fort bien ce qu'il valait; mais qu'ayant eu déjà des démêlés avec moi, il ne voulait en aucune façon se mêler de mes affaires. Alors nos deux gentilshommes insistèrent et dirent : « Le duc vous ordonne, sous peine d'encourir sa disgrâce, de fixer le prix de cet ouvrage. Si vous désirez deux ou trois jours pour l'examiner attentivement, prenez-les, et dites-nous ensuite ce que vous l'estimez. » Baccio répondit qu'il n'avait pas besoin d'un plus ample examen, qu'il ne pouvait désobéir aux ordres du duc, et enfin que, mon travail étant très riche et très beau, il lui semblait mériter seize mille écus d'or et même davantage. Les bons gentilshommes informèrent aussitôt le duc de cette décision : il en fut très irrité. Quant à moi, lorsque je fus instruit de la réponse du Bandinelli, je déclarai que je n'entendais nullement accepter les éloges de Baccio : « Attendu, ajoutai-je, que ce méchant homme dit du mal de tout le monde. » C'est lorsque ces paroles eurent été rapportées

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