‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 258 sur 275 · LIVRE HUITIEME. 58i · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME. 58i

au duc que la duchesse voulut que je remisse raffaire entre ses mains. Tout cela est la pure vérité. Le meilleur parti que j'avais à prendre était de laisser la duchesse trancher la question. J'aurais mieux été et plus promptement payé.

Projets de travaux.

Le duc chargea messer Lelio Torello, son maître de requêtes, de me dire qu'il désirait que j'ornasse de basreliefs en bronze le tour du chœur de Santa-Maria-del- Fiore. Mais, comme ce chœur était du Bandinelli, je ne voulus point travailler à embellir son mauvais ouvrage, dont le plan ne lui appartenait même pas, car il n'entendait absolument rien à l'architecture. Ses dessins lui avaient été fournis par Giuliano, fils de Baccio d'Agnolo, ce sculpteur en bois qui gâta la coupole. Enfin, ce chœur étant dépourvu de toute espèce de qualités, j'étais bien décidé à ne pas y prendre la moindre part. Néanmoins je ne laissai pas de dire humblement au duc que je ferais tout ce qu'il me commanderait. Aussi le duc enjoignit-il aux marguilliers de Santa-Maria-del-Fiore de s'arranger avec moi. Il leur dit qu'il me donnerait seulement deux cents écus par an et que l'œuvre de l'église aurait à subvenir à tous les frais que nécessiterait l'entreprise. Je comparus donc devant les marguilliers. Ils m'informèrent des volontés du duc. Pensant qu'avec eux je pouvais librement m'expliquer, je leur montrai que tant de bas-

reliefs en bronze entraîneraient une énorme dépense qui serait en pure perte, et je leur en donnai plusieurs raisons qu'ils comprirent fort bien. Je leur exposai d'abord que le chœur était à la fois incorrect, disgracieux, de mauvais goût, incommode et mal dessiné. Je leur dis ensuite que les bronzes seraient placés si bas qu'on ne les verrait point, qu'ils serviraient de pissotière aux chiens et qu'ils seraient continuellement couverts de toutes sortes d'ordures; qu'en conséquence je me refusais absolument à les entreprendre. « Mais, ajoutai-je, pour ne point laisser passer le reste de mes meilleures années sans servir notre duc, auquel j'ai un si vif désir de plaire, il peut me permettre, s'il veut m'utiliser, d'exécuter la porte du milieu de Santa-Maria-del-Fiore. Cet ouvrage au moins se verra, et il lui fera beaucoup plus d'honneur. D'ailleurs, je m'obligerai par contrat à ne recevoir aucune rétribution s'il n'est pas supérieur à la plus belle des portes de San-Giovanni. Puis, si je tiens ce que je promets, je consens que mon travail soit estimé et qu'on me le paye mille écus de moins qu'il n'aura été évalué par les gens de l'art. «

Cette proposition plut extrêmement aux marguilliers. Ils allèrent la transmettre au duc et chargèrent Piero Salviati de parler en leur nom. Ils croyaient que Son Excellence serait charmée de ce projet, mais il en fut tout autrement. Le duc se contenta de répondre que je voulais toujours faire le contraire de ce qu'il désirait, de sorte que Piero Salviati fut obligé de se retirer sans qu'il y eût rien de conclu. Dès que j'appris cela, je me rendis chez le duc, qui me reçut avec assez de mauvaise humeur Cependant je le priai de daigner m'écouter. Il y consentit. Aussitôt je lui déroulai toute l'affaire, et je me ser-

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