‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 268 sur 275 · LIVRE HUITIEME. bo · texte numérisé non relu

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parole en disant : « Peut-être n'était-ce qu'un insecte venimeux. » Je lui répondis que je savais parfaitement quelle espèce de poison c'était, et qui me Tavait administré. Sur ce, personne ne souffla plus mot. Maestro Francesco et maestro RalVaello me soignèrent pendant plus de six mois et je restai plus d'un an sans me rétablir.

Encouragements.

Ce fut vers cette époque qu'eut lieu l'entrée du duc à Sienne. Plusieurs mois auparavant, l'Ammannato y était allé pour construire les arcs de triomphe. Un de ses bâtards, qui était resté dans la loggia, ayant enlevé les toiles dont je me servais pour couvrir mon Neptune, qui n'était pas encore terminé, je courus m'en plaindre au fils du duc, le signor don Francesco, lequel me portait de l'intérêt. Je lui dis que l'on avait découvert ma figure avant qu'elle fût achevée. Toutefois, je déclarai que je ne m'en serais point préoccupé si elle eût été finie. « Benvenuto, me répondit le prince, so3'ez sans inquiétude, cela sera plutôt nuisible que profitable à vos ennemis. Cependant, si vous désirez que je fasse couvrir votre ouvrage, je vous satisferai sur-le-champ. » Son Excellence illustrissime m'adressa ensuite beaucoup d'autres compliments en présence de plusieurs seigneurs. Alors je priai Son Excellence de m'accorder les moyens de mener à fin mon travail, et j'ajoutai que je voulais lui en faire

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présent, ainsi que du petit modèle. Le prince me répondit qu'il acceptait l'un et l'autre avec plaisir et qu'il me donnerait tout ce que je demanderais. Cette légère faveur me réconforta et fut cause que je revins à la vie. En effet, je sentais que j'allais succomber sous le poids des maux et des tribulations innombrables qui m'avaient assailli tous à la fois, lorsque la bienveillance du prince vint ranimer un peu mes forces et mes espérances.

Plus d'une année s'était écoulée depuis que j'avais acheté au Sbietta le domaine della Fonte. Après l'empoisonnement et diverses scélératesses dont je faillis être victime, ayant vu que cette terre ne me produisait pas la moitié de ce qui m'avait été promis, je m'adressai au tribunal, car, à l'appui de mes droits, j'avais non-seulement mon contrat, mais encore un écrit tracé par le Sbietta lui-même, et dans lequel il s'engageait par-devant témoins à me garantir mon revenu. Messer Alfonso Quistelli, qui était alors procureur fiscal, siégeait avec les conseillers, parmi lesquels se trouvaient Averardo Serristori, Federigo de' Ricci et un des Alessandri ; je ne me souviens pas des noms des autres, mais il suffit de dire que tous étaient gens de haute distinction. Dès que j'eus expliqué mon affaire, ils déclarèrent que Sbietta devait me restituer mon argent. Le seul Federigo de' Ricci émit un avis contraire, parce qu'à cette époque Sbietta était à son service. Tous ces magistrats m'exprimèrent leurs regrets de ce que Federigo de' Ricci les empêchait de rendre une sentence en ma faveur. Averardo Serristori et l'Alessandri entre autres firent grand bruit, mais Federigo traîna la chose en longueur, si bien que le tribunal cessa de siéger avant d'avoir rien terminé. Quelque temps après, Averardo Serristori m'ayant ren-

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