‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 270 sur 275 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

demain, mcsscr Bartolommco Concino, un des principaux secrétaires de Son Excellence, vint ciiez moi et me dit d'un ton de bravade : « Si tu veux ton congé, le duc te le donnera; si tu veux du travail, il t'occupera. Plaise à Dieu que tu puisses exécuter tout ce qu'il te commandera! )) Je lui répondis que mon unique désir était de travailler, et que je préférais recevoir un sou au service de Son Excellence qu'un ducat à celui de tout autre prince, fût-il pape, empereur ou roi. « Si telle est ta pensée, me dit alors messer Bartolommeo, vous êtes d'accord sans qu'il soit besoin d'ajouter un mot de plus. Ainsi, tu n'as qu'à retourner à Florence et à être tranquille, car le duc te veut du bien. » Je regagnai donc Florence,

Retour à Florence.

Dès que j'}'^ fus arrivé, un fabricant de draps d'or, nommé Raffaellone Scheggia, vint me trouver et me dit qu'il voulait me mettre d'accord avec le Sbietta, « Il n'y a que les conseillers, lui répondis-je, qui puissent arranger notre affaire. Le Sbietta ne rencontrera pas toujours parmi eux un Federigo de' Ricci, disposé, pour un présent de deux chevreaux gras, à prendre en main sa détestable cause et à injurier si cruellement la justice, sans crainte de Dieu et sans égard pour son honneur. » Lorsque j'eus achevé ces paroles, que j'appuyai de maints raisonnements, Raffaello me remontra avec douceur

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qu'il valait beaucoup mieux manger une grive en paix que de disputer avec acharnement un chapon, fût-on certain de finir par l'avoir. Il me représenta ensuite que parfois les procès trament tellement en longueur, que je ferais mieux d'employer ce temps à produire quelque chef-d'œuvre, dont je tirerais plus de gloire et plus de profit. A3'^ant reconnu qu'il disait vrai, je commençai à lui prêter Toreille, de sorte que bientôt il fut convenu entre nous que le Sbietta prendrait mon domaine àlo3'er pendant toute ma vie, pour soixante-dix écus d'or par an. Au moment de passer le contrat, qui fut dressé par ser Giovanni, fils de ser Matteo de Falgano, le Sbietta dit que le mode de stipulations que nous avions adopté forcerait de payer au fisc des droits considérables; qu'il valait mieux simuler un bail que nous renouvellerions tous les cinq ans, et enfin qu'il ne manquerait pas à ses engagements et ne me susciterait plus jamais de procès. Son coquin de frère m'ax-anl fait les mêmes serments, je consentis à laisser porterie bail au contrat.

ex

Friponneries.

Pour aborder d'autres sujets et ne plus avoir à revenir sur ces indignes friponneries, je vais raconter de suite ce qui advint à l'expiration des cinq années. Mes deux bandits ne tinrent aucune de leurs promesses et voulurent me rendre le domaine et ne point renouveler le bail. A

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