‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 272 sur 275 · LIVRE HUITIÈME. 6ii · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. 6ii

ment les seigneurs et les gentilshommes présents ne manquèrent pas de renchcrir. Quand j'eus vu que Leurs Excellences étaient satisfaites, je les rcnierciai vivement et je leur dis qu'en m'empcchant de sculpter en marbre le Neptune, on m'avait déterminé à exécuter un ouvrage que personne avant moi n'avait osé tenter. « Il m'a coûté des peines inimaginables, ajoutai-je, mais je suis loin de les regretter, puisqu'elles me valent tant d'éloges. Comme je pense que jamais je ne trouverai rien qui soit plus digne de Vos Excellences que ce crucifix, je leur en fais présent de grand cœur, en les priant seulement de vouloir bien ne pas se retirer sans avoir visité le rez-dechaussée de ma maison. » Aussitôt Leurs Excellences se levèrent gracieusement, sortirent de mon atelier et entrèrent dans ma maison. Le premier objet qui frappa leurs yeux fut mon petit modèle de Neptune et de la Fontaine. La duchesse, qui ne l'avait point encore vu, en fut si émerveillée qu'elle jeta un cri d'admiration. « Sur ma vie ! dit-elle au duc, je n'aurais jamais imaginé qu'on pût voir quelque chose d'aussi beau. » A ces mots, le duc lui répéta plusieurs fois : Eh bien ! ne vous l'avaisje pas dit, moi ? » Ils continuèrent de parler entre eux en termes aussi flatteurs pour moi : puis la duchesse m'appela près d'elle, et me donna une foule de nouveaux éloges qui ressemblaient à des excuses. Elle dit ensuite qu'elle voulait que je choisisse moi-même un bloc de marbre et que je le misse en oeuvre. A ces bienveillantes paroles, je répondis que, si Leurs Excellences m'accordaient les facilités nécessaires, j'aborderais volontiers, pour leur complaire, une si laborieuse entreprise. « Benvenuto, s'écria aussitôt le duc, tu auras toutes les facilités que tu demanderas, je t'en donnerai même d'autres

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qui surpasseront tes espérances. » Là-dessus, Leurs Excellences se retirèrent et me laissèrent très satisfait.

[Projets de retour en France. — Voyage à Pise.

Mais bien des semaines se passèrent sans que Ton s'occupât de moi. Cet oubli me causa un chagrin qui approchait du désespoir.

A cette époque, la reine de France' envoya à Florence messer Baccio del Bene pour emprunter de Targent à notre duc, qui, dit-on, consentit gracieusement à lui en fournir. Comme messer Baccio del Bene et moi nous avions été jadis intimement liés, nous nous reconnûmes à Florence, et nous nous vîmes avec beaucoup de plaisir. Un jour qu'il me rendait compte des faveurs dont l'honorait Son Excellence illustrissime, il me demanda quels étaient les grands ouvrages dont je m'occupais. Je lui racontai alors Taffaire du Neptune et le tort considérable que la duchesse m'avait fait. A ces mots, il me dit de la part de la reine que Sa Majesté avait le plus vif désir de terminer le mausolée du roi Henri son époux, pour lequel Daniel de ^^olterra' avait entrepris un cheval

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