‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 49 sur 275 · LIVRE DEUXIEME. io · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. io

ncsc ' et mcsscr Jacopo Salviati. S'il ne les écrasa pas tous deux, c'est qu'ils venaient de s'éloigner un peu l'un de l'autre, en se disant des injures, parce que le cardinal Farnese avait accusé messer Jacopo d'être la cause du sac de Rome. Aux cris qui s'élevèrent de la cour qui se trouvait au-dessous de nous, le signor Orazio descendit en toute hâte. Quant à moi, m'étant avancé pour voir ce qui se passait, j'entendis dire que l'on ferait bien de tuer le bombardier. Je me tins pour averti, et je braquai au sommet de l'escalier deux fauconneaux, déterminé à mettre le feu à l'un des deux, si l'on se hasardait à monter. Le cardinal Farnese ordonna probablement à ses gens de me faire un mauvais parti. Je les attendis la mèche à la main. Ayant reconnu quelques-uns d'entre eux, je leur criai : « Vils sacripants, si vous ne décampez à l'instant, et si l'un de vous ose mettre le pied sur cet escalier, j'ai là deux fauconneaux qui vous pulvériseront. Allez dire au cardinal que j'ai obéi à mes chefs, et que nous travaillons à défendre vos prêtres, et non à leur faire mal. » A peine se furent-ils retirés que le signor Orazio Baglioni arriva en courant. Je lui criai de ne point avancer, sinon que je le tuerais, attendu que je savais très bien qui il était. Il n'osa bouger, et ce fut non sans éprouver quelque crainte qu'il me dit : « Benvenuto, je suis ton ami. — Signor, répondis-je, montez seul, et venez comme il vous plaira. » Ce gentilhomme, dont la fierté était extrême, s'arrêta un instant, et me dit d'un air mécontent : « Je suis bien tenté de ne pas monter et d'exécuter précisément le contraire de ce que

I. Le cardinal Alexandre Farnese, le même qui fut depuis pape sous le nom de Paul III. — E. F.

j'avais envie de faire pour toi. » A cela je ripostai que, si Ton m'avait jugé apte à défendre les autres, je n'étais pas moins capable de me défendre moi-même. Il me dit alors qu'il se présenterait seul. Lorsqu'il fut monté, il avait le visage si bouleversé, que je portai la main à mon épée, en le regardant de travers. Bientôt il se dérida, et me dit gracieusement : « Benvenuto mio, je te veux tout le bien imaginable, et je te le prouverai en temps et lieu. Plût à Dieu que tu eusses tué ces deux ribauds, car l'un est cause de nos malheurs, et l'autre nous attirera peut-être pis! » Il me recommanda ensuite, si l'on m'interrogeait, de nier qu'il eût été présent lorsque j'avais fait feu, et il ajouta que, du reste, je n'avais rien à redouter. La rumeur fut grande et dura longtemps, mais je ne veux pas parler davantage de cette affaire; qu'il suffise de dire que je fus sur le point de venger mon père des mille injures que Jacopo Salviati lui avait faites, comme il s'en plaignait. Toujours est-il que je lui causai une terrible frayeur. Quant au Farnese, je n'en veux rien dire maintenant. On verra plus loin combien j'aurais eu raison de le tuer.

Le colonel coupé en deux.

Je donnais tous mes soins à mon artillerie, et jamais je n'étais sans faire quelque coup d'éclat; aussi avais-je acquis au plus haut point la faveur et les bonnes grâces de Sa Sainteté. Pas un jour ne s'écoulait sans que je

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