‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 56 sur 275 · LIVRE DEUXIEME. ii · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. ii

nie d'écus. En arrivant à Governo', lieu où fut tùé ce valeureux seigneur Jean de Médicis , je ressentis un petit accès de liè\ re, mais il n'interrompit pas le moins du monde mon vo3age. Je puis mC-me dire que je laissai complètement ma lièvre à Governo, car elle ne reparut plus ensuite. Enlin, je gagnai Florence, où j'espérais trouver mon bien-aimé père.

Lorsque j'eus frappé à notre porte, une bossue enragée se montra à la fené.tre et voulut me chasser en me débitant mille injures, et en me disant que je Fcmpcstais. « Ah çà, méchante bossue, lui criai-je, n'y a-t-il point d'autre visage que le tien dans cette maison? — Non! que le diable t'étrangle ! répondit-elle, — C'est ce qui t'arriverà avant deux heures d'ici, » lui répliquai-je d'une voix forte. Une voisine sortit au bruit de la dispute, et me dit que mon père et toute ma famille étaient morts de la peste. Comme je m'en doutais, ma douleur fut moins grande. La voisine ajouta que le fléau avait seulement épargné ma jeune sœur Liperata, qui avait été recueillie par une sainte femme nommée Mona Andrea dei Bellacci.

Je me dirigeai alors vers une hôtellerie, mais je rencontrai en chemin Giovanni Rigogli, un de mes plus intimes amis, qui m'emmena chez lui. Nous nous rendîmes ensuite sur la place, où j'appris que mon frère était vivant. J'allai le trouver chez un de ses amis nommé Bertino Aldobrandi. Comme chacun de nous avait reçu la nouvelle de la mort de l'autre, nous nous fîmes des caresses extraordinaires, puis mon frère me prit la

I. Governolo, bourgade du Mantouan, située au contluent du Mincio et du Pô. — E. F.

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main et me dit en riant : « Maintenant, frère, je vais te mener où tu n'imaginerais jamais : chez notre sœur Lipcrata, que j'ai remariée et qui te croit mort. t> Tout en cheminant , nous nous racontâmes Tun à l'autre nos aventures. Lorsque nous fûmes arrivés, ma vue inattendue jeta ma sœur dans un tel transport de joie et d'étonnement, qu'elle tomba en pâmoison entre mes bras. Cet accident étant arrivé sans qu'une seule parole eût été prononcée, le mari dç Liperata n'aurait certainement pas cru que je fusse son frère, si Cecchino n'eût pas été présent à la scène. Enfin, Cecchino expliqua tout, et donna à Tévanouie des soins qui la rappelèrent bientôt à elle. Après avoir un peu pleuré son père, sa sœur, son mari et un petit enfant qu'elle avait perdu, elle songea à préparer le souper. De toute la soirée on ne parla plus de mort, mais de mille choses gaies et folles comme à une noce : aussi notre repas fut-il des plus agréables.

La mcdaille d'Hercule et la médaille d'Atlas.

Je voulais retournera Rome; mais les sollicitations de mon frère et de ma sœur me forcèrent à m'arrêter à Florence. Piero Landi, cet e.xccllent ami qui déjà, comme je l'ai dit, m'avait rendu de si grands services , me conseilla aussi de rester quelque temps à Florence. Il pensait que je devais attendre pour voir un peu ce qui se

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