‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 58 sur 275 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

bas on lisait : Sitmmam titlisse jîtvat\ Federigo fut très satisfait, et me récompensa généreusement. Messer Luigi Alamanni se trouvait alors à Florence. Je contractai avec lui une étroite amitié, grâce à Federigo Ginori, qui l'amena souvent dans ma boutique.

Rappel à Rome.

Le pape Clément ayant déclaré la guerre à Florence, les cit03'ens se préparèrent à la défense. Dans chaque quartier, on organisa des milices populaires, et je fus requis d'en faire partie. Je m'équipai richement, et je me trouvai en relation avec la plus haute noblesse de Florence, qui semblait unanimement disposée à défendre la ville. Les discours ordinaires en ces occasions retentissaient dans toutes les rues. En outre, les jeunes gens se réunissaient plus fréquemment que d'habitude, et on ne parlait absolument que de la guerre.

Un jour, vers Theure de midi, une foule d'hommes âgés et de jeunes gens des premières familles étaient assemblés devant ma boutique, lorsqu'on m'apporta une lettre de Rome, que m'écrivait un certain maestro Jacopino della Barca, dont le véritable nom était Jacopo

I. Le dessin du zodiaque, exécuté à la plume par Cellini, que l'on trouve noté par Bartsch dans le catalogue de la collection du prince de Ligne, est probablement une étude pour celte médaille.

della Sciorina , mais que l'on appelait à Rome della Barca, parce qu'il tenait un bac sur le Tibre, entre le pont Sisto et le pont Santo-Agnolo. Ce maestro Jacopo avait beaucoup d'esprit et une conversation des plus divertissantes. Il avait jadis fait le commerce d'étoffes à Florence. Il était fort avant dans les bonnes grâces du pape Clément, qui prenait grand plaisir à causer avec lui. Ils vinrent une fois à parler du sac de Rome et du siège du château. Le pape, s'étant alors souvenu de moi, me donna tous les éloges imaginables, et ajouta que, s'il savait où j'étais, il serait enchanté de me reprendre à son service. Maestro Jacopo ayant appris que j'étais à Florence, Sa Sainteté le chargea de m'écrire de revenir. La lettre dont j'ai parlé plus haut disait que je devais retourner au service de Clément, et que je m'en trouverais bien. Les jeunes gens qui étaient présents voulurent savoir ce qu'elle contenait, mais je le leur cachai de mon mieux. Je répondis à messer Jacopo, en le priant de ne plus m'écrire, ni en bien, ni en mal. Il n'en devint que plus pressant, et m'adressa une seconde épîtrc, qui sortait tellement des bornes que, si elle eût été vue, il m'en serait advenu malheur. En effet, il m'écrivait de me rendre de suite auprès du pape, qui voulait m'employer à des affaires de la plus haute importance, et il ajoutait que, si j'agissais sagement, *je laisserais immédiatement tout de côté, et me séparerais de ces fous enragés qui se tournaient contre Sa Sainteté. Cette lettre m'effraya tellement, que j'allai trouver mon fidèle ami Pier Landi. A peine m'eut-il aperçu, qu'il me demanda ce qui m'était arrivé de nouveau, pour que je fusse si bouleversé. Je lui répondis qu'il m'était absolument impossible de lui confier ce que j'avais; je le priai seule-

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