‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 60 sur 275 · LIVRE DEUXIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. i

ma peine, mais je ne reçus de lui que des injures. Je remontai dans la chambre où j'avais fondu For, et je lavai les cendres, dans lesquelles je trouvai environ une livre et demie d'or en grains aussi tins que du millet. Gomme je n'avais pas assez d'argent pour retourner honorablement chez moi, je pensai à me servir de cet or, en me promettant bien de le restituer plus tard. Maintenant, me voilà aux pieds de votre Sainteté, qui est le vrai confesseur. Je la supplie de me permettre de me confesser et de communier, afin que je puisse rentrer en grâce auprès de Dieu. » Le pape me dit alors, avec un soupir occasionné peut-être par le souvenir de ses malheurs : « Benvenuto, tu dis vrai; je peux t'absoudre de toutes les fautes dont tu t'es rendu coupable. Confesse tout librement, et, si tu as eu la valeur entière d'une de mes tiares, je suis tout disposé à te pardonner. — Très saint père, lui répondis-je, je n'ai eu que ce que j'ai avoué, et cela n'a pas dépassé la valeur de cent quarante ducats, que j'ai reçus de la Monnaie de Pérouse, et avec lesquels je suis allé secourir mon pauvre vieux père. — Ton père, dit le pape, a été aussi vertueux, aussi bon et aussi honnête que qui que ce soit, et tu n'as pas dégénéré. Je regrette beaucoup que la somme ait été petite; quoi qu'il en soit, je t'en fais présent, et je te pardonne tout : atteste-le à ton confesseur. Si tu n'as pas d'autres péchés qui me regardent, confesse-toi et communie; puis viens me revoir, tu auras lieu d'en être satisfait.» Lorsque j'eus pris congé du pape, messer Jacopo et l'archevêque se rapprochèrent de lui. Sa Sainteté leur parla de moi aussi favorablement que possible, et leur dit qu'il m'avait confessé et donné l'absolution. Elle chargea ensuite l'archevêque de Capone de me demander si quelque autre chose troublait

ma conscience, et elle lui transmit pouvoir de m'absoudrc en l'engageant à me traiter de son mieux. Une fois que je fus sorti du palais, maestro Jacopino me demanda curieusement quel était le sujet de cette longue et secrète conversation que j'avais eue avec le pape. Il revint plusieurs fois à la charge, de sorte que je finis par lui déclarer que cela ne le regardait pas, et qu'en conséquence il eût à ne plus me le demander.

Je m'empressai de faire tout ce dont j'étais convenu avec le pape ; puis, les deux fêtes étant passées, je me présentai de nouveau devant lui. Il me reçut encore plus gracieusement que la première fois, et il me dit : « Si tu étais venu un peu plus tôt à Rome, je t'aurais donné à refaire ces deux tiares que nous avons détruites dans le château; mais comme, à part les pierreries, ce sont des ouvrages de peu de mérite, je te confierai un travail important, où tu pourras déployer ton savoir. Je parle du bouton de ma chape, qui doit être rond et avoir la forme et la dimension d'un tailloir d'un tiers de brasse. Je veux qu'il représente Dieu le Père en demi-relief, et qu'au milieu il soit orné de ce gros diamant et d'une foule d'autres pierres de haute valeur. Caradosso en a bien déjà commencé un, mais il ne le finit pas. Je désire que tu termines promptement le tien, parce que je veux en jouir un peu. Ainsi, va, et fais-moi un beau petit modèle. » Sa Sainteté ordonna ensuite que l'on me montrât toutes les pierreries, et je me retirai.

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