‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 61 sur 275 · LIVRE DEUXIEME. iiS · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. iiS

Le bouton de chape.

Pendant le siège de Florence, ce Federigo Ginori, pour lequel j'avais exécute la médaille de l'Atlas, mourut de phtisie. La médaille tomba entre les mains de messer Luigi Alamanni, qui, peu de temps après, alla lui-môme TolTrir, avec quelques-uns de ses beaux écrits, à François I", roi de France. Cette médaille ayant plu au roi au-delà de toute expression, le digne messer Luigi Alamanni lui parla si favorablement de mes qualités et de mon talent, que Sa Majesté témoigna le désir de me connaître.

Je consacrais tous mes soins à mon petit modèle, que je faisais exactement de la grandeur que devait avoir le bouton, lorsque d'autres orfèvres, se croyant aussi capables de mener cet ouvrage à bonne fin, lâchèrent la bride à leur jalousie. Il y avait alors à Rome un certain Micheletto', habile graveur de cornalines, et, de plus, joaillier fort intelligent. Cet homme était avancé en âge et jouissait d'une grande réputation. 11 avait pris part au travail des deux tiares du pape. Lorsqu'il sut que j'étais occupé du modèle en question, il fut très étonné de ce que je ne l'avais pas consulté, lui dont l'habileté égalait

I. Micheletto, suivant Vasari qui l'appelle Michelino, contribua beaucoup aux progrès de la gravure en pierres fines. — Voyez Vasari, Vie de Valerio de Viceiice, t. VIII, p. i5ô. — L. L,

laó VIE DE BENVENUTO CELLINI.

le crédit. Enfin, voyant que je n^allais point chez lui, il vint chez moi, et me demanda ce que je faisais, c Ce que m'a commandé le pape, lui répondis-je. — Le pape, répliqua-t-il, m'a ordonné d'examiner tout ce qu'on fait pour Sa Sainteté. » Je lui ripostai que d'abord je m'en informerais auprès du pape, et qu'ensuite je saurais ce que je devais lui répondre. Il s'écria que je m'en repentirais, et me quitta fort irrité. Il assembla ensuite tous les gens du métier, qui, après délibération, le chargèrent de leur commune vengeance. Le bon Micheletto imagina de faire exécuter par d'habiles dessinateurs plus de trente projets, tous différents les uns des autres ; puis , non content d'avoir l'oreille de Sa Sainteté, il se concerta avec un orfèvre milanais, nommé Pompeo, qui était en grande faveur auprès de Clément, et avait pour parent messer Traiano', le premier camérier.

Micheletto et Pompeo dirent au pape qu'ils avaient vu mon modèle, et qu'ils croyaient qu'un si bel ouvrage dépassait mes forces. Le pape répondit qu'il désirait voir lui-même mon modèle, et que, si je n'étais pas capable de le mettre en oeuvre, on chercherait quelqu'un qui le fût. Les deux associés lui dirent alors qu'ils avaient d'admirables dessins. Sa Sainteté répliqua qu'elle en était charmée, mais qu'elle ne voulait pas les voir avant que mon modèle fut achevé, et qu'elle examinerait tout ensemble.

En peu de jours j'eus terminé mon modèle, et, un matin, je le portai chez le pape. Messer Traiano me fit attendre, et, pendant ce temps, envoya chercher en toute hâte Micheletto et Pompeo, en les avertissant de se mu-

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