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nicrs doigts seraient seulement un peu plus faibles que les autres, mais qu'elle n'en éprouverait pas la moindre gêne. Il entreprit donc cette cure, et, au bout de peu de jours, il se disposa à enlever la carie des petits os. Le père désira que j'assistasse à cette opération. Maestro Jacomo avait pris de gros instruments avec lesquels il faisait peu d'ouvrage, et causait beaucoup de mal à la patiente. Je lui dis de s'arrêter et de m'attcndre un demiquart d'heure. Je courus aussitôt à la boutique, où je labriquai un petit instrument d'acier très fin et recourbé, qui coupait comme un rasoir. Dès que je l'eus remis au chirurgien, il commença à opérer avec tant de facilité, que la malade ne ressentait aucune douleur; bientôt tout fut fini. Ce petit service, et d'autres motifs, inspirèrent au digne Raiïaello tant d'affection pour moi, qu'il semblait m'aimer plus que ses propres enfants.
J'étais alors étroitement lié avec un clerc de la chambre, nommé messer Giovanni Caddi . Cet homme était passionné pour les arts, bien qu'il ne possédât lui-même aucun talent. Messer Giovanni, Grec d'une érudition extraordinaire; messer Lodovico di Fano, autre savant; messer Antonio Allegretti et le jeune messer Annibal Caro faisaient partie de sa société, où l'excellent peintre Bastiano de Venise' et moi étions aussi admis. Nous
I. Sebastiano Luciano, dit fra Sebastiano del Piombo, naquit à Venise en 1485, et mourut en 1547. 11 abandonna l'école de Giovan Bellini pour celle du Giorgione. 11 fut en grande estime à Rome, où Agostino Chigi l'appela et le chargea de décorer son palais. 11 mit'son habileté pratique et la puissance de ton de sa palette au service de Michel-Ange, qui l'aida de ses conseils et de ses dessins. Guidé et soutenu par ce divin maître, Sebastiano serait probablement sorti victorieux de la lutte qu'il entreprit contre Raphaël; mais, enrichi par la libéralité de Clément VII, il négligea son art pour mener joyeuse
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nous réunissions presque tous les jours. Le brave orfèvre RalVacllo, voyant Tintiniité qui existait entre moi et messer Giovanni Gaddi, lui dit : « Messer Giovanni mio, vous me connaissez : je voudrais donner ma fille à Benvenuto. Comme personne plus que votre seigneurie n'est capable de bien mener cette alTairc, veuillez me prêter votre aide, et fixer vous-même la dot que je puis donner. « Cet écervelé de messer Giovanni laissa à peine au digne RalTaello le temps de parler et il lui répondit, sans aucun motif plausible : « Ne songez plus à cela, Raffaello, car vous en êtes plus éloigné que janvier ne l'est de Tété. » Le pauvre homme, désolé, chercha aussitôt un autre mari à sa fille. La mère et tous les parents me faisaient la mine, et j'en ignorais la cause. Voyant qu'ils payaient en mauvaise monnaie les services que je leur avais rendus, j'essa3'ai d'ouvrir une boutique dans leur voisinage. Messer Giovanni ne m'instruisit de ce qui s'était passé que plusieurs mois après, lorsque la fille de Raffaello fut mariée.
Je travaillais activement à terminer mon grand ouvrage et à servir la monnaie ; car le pape m'avait encore commandé une pièce de la valeur de deux carlins, représentant, d'un côté, la tête de Sa Sainteté, et, de l'autre, le Christ sur la mer, tendant la main à saint Pierre. Cette pièce avait pour légende : Qiiare dubitasti^? Elle obtint tant de succès, qu'un secrétaire de Sa Sainteté, nommé Sanga, homme de grande distinction, dit au pape : — « Votre Sainteté peut se vanter d'avoir une
vie. Il n'.i pas moins laisse plusieurs chefs-d'œuvre, où il se montre le digne rival des Giorgione, des Titien, des Tintoret. — Voyez N'asari, Vie de Sebastiano del Piombo, t. V. — L. L.
I. Cellini parle de cette pièce dans le chapitre \'II de son Traité d'Orfèvrerie. Elle a été publiée par Fioravanti. — L. L.
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monnaie telle que les anciens, malgré leur magnificence, ne sauraient olVrir la pareille. — Ik'nvenuto, répondit le pape, peut aussi se vanter de servir un souverain comme moi, qui connais son mérite. » Mon grand ouvrage d'or ne cessait pas d'avancer. Souvent je le montrais au pape, qui me demandait à le voir, et qui chaque jour en était de plus en plus émerveillé.
Attaque du guet. — Meurtre de Benino Aldobrandi,
Mon frère était à Rome, au service du duc Alexandre ', à qui le pape venait de donner le duché de Penna. Le duc entretenait un nombre considérable de vaillants soldats, qui avaient été à Pécole de ce grand seigneur Jean de Médicis. Mon frère était estimé par le duc comme un des plus courageux de la troupe. Un jour, après dîner, il se trouvait dans une boutique de la rue des Banchi, chez un certain Baccino della Croce, où tous ces braves se réunissaient. Il était assis sur une chaise et dormait, lorsque vint à passer le guet, qui conduisait en prison un certain capitaine Cisti, Lombard de nation. Ce militaire appartenait aussi à l'école du grand seigneur Jean, mais n'était pas au service du duc Alexandre. A3^ant aperçu devant la boutique de Baccino le capitaine Cattivanza degli Strozzi, il lui dit : « Je vous apportais
I. Alexandre de Médicis, né en i5io, mort en lâSy, fils naturel de Laurent ou de Clément VII, créé duc de Florence par Charles-Quint et assassiné par son cousin Laurent. — E. F.
i3r. VIE DE BENVENUTO CELLIM.
les quelques écus que je vous dois; si vous les voulez, venez les prendre avant qu'ils aillent avec moi en prison. )' I.c capitaine Catti vanza, toujours prêt à mettre les autres en avant, se souciait peu de s'exposer : aussi s'adressa-t-il à de braves gens pleins de bonne volonté, mais incapables de mener à bonne fin une si hasardeuse entreprise. Il leur dit de s'approcher du capitaine Cisti, de se faire donner son argent, et dans le cas où le guet s'y opposerait, de le repousser par la force, s'ils l'osaient. Ces jeunes gens n'étaient que quatre, et ils n'avaient pas encore de barbe. Le premier se nommait Bcrtino Aldobrandi ; le second, Anguillotto da Lucca ; je ne me souviens plus des noms des deux autres. Bertino était élève de mon frère, qui l'aimait au-delà de toute expression. Nos quatre braves s'approchent du guet, qui se composait de plus de cinquante sbires armés de piques, d'arquebuses et d'espadons. Les épées se tirèrent, et nos jeunes gens poussèrent le guet avec tant de vigueur, que, si le capitaine Cattivanza se fût seulement montré un peu, même sans dégainer, ils auraient inévitablement mis en fuite leurs adversaires. Mais ceux-ci ayant résisté quelque temps, Bertino tomba frappé de graves blessures ; Anguillotto, au même instant, fut blessé au bras droit, de sorte que, ne pouvant plus soutenir son épée, il se retira de la mêlée le mieux qu'il put; les autres l'imitèrent. Bertino Aldobrandi fut emporté dans un triste état.