‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 66 sur 275 · I.l\ KK nKUXILiMK. i · texte numérisé non relu

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Meurtre du frère àc Cellini.

Pendant que ces choses se passaient, nous étions tous à table, parce que nous avions dîné une heure plus tard que de coutume. Au bruit que nous entendîmes, le plus âgé des jeunes gens qui étaient avec nous se leva de table pour aller voir cette rixe ; il se nommait Giovanni. Je lui dis : « De grâce, n'y va pas ; dans de semblables atfaires il y a tout à perdre et rien à gagner. » Son père lui criait de son côté : « Mon cher fils, je t'en supplie, n'y va pas. » Mais Giovanni n'écouta personne, et dégringola Tescalier. En arrivant aux Banchi, où la bataille avait eu lieu, il vit ramasser Bertino. Il revint à toutes jambes, et rencontra mon frère Cecchino, qui lui demanda ce qu'il y avait. Giovanni, en dépit du signe qu'on lui fit de ne pas conter l'affaire à Cecchino, lui dit étourdiment que Bertino Aldobrandi avait été tué par le gucl. Mon pauvre frère jeta alors un si grand cri de rage, qu'on aurait pu l'entendre à dix milles de là ; puis il dit à Giovanni : « Au moins saurais-tu m'indiquer celui qui me Ta tué ? » Giovanni lui répondit que oui, et que c'était un de ceux qui étaient armés d'un espadon, et qu'il avait une plume bleue sur la barrette. Mon pauvre frère, s' étant avancé et ayant reconnu le meurtrier à ce signalement, se lança au milieu du guet avec sa promptitude et son intrépidité merveilleuses, et, sans qu'on pût l'arrêter, il allongea une botte dans le ventre de son homme, le

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traversa de part en part et le poussa à terre avec la garde de son cpce. Il attaqua ensuite le reste du guet avec tant d'audace, qu'à lui seul il l'aurait mis en fuite, si un arquebusier, pour se défendre, n'eût, en déchargeant son arme, atteint au-dessous du genou droit le brave et malheureux jeune homme. Il tomba, et le guet opéra une retraite précipitée, dans la crainte qu'un second champion aussi formidable ne survînt.

Avant entendu que le tumulte continuait, je me levai aussi de table, et je mis mon épée au côté, car alors tout le monde portait cette arme. Lorsque je fus arrivé au pont Sant'Agnolo, je vis un rassemblement nombreux. Je m'approchai. Comme plusieurs personnes me connaissaient, on me fit place, et on me montra ce que j'aurais voulu le moins voir au monde, malgré l'extrême curiosité qui semblait me pousser. De prime abord, je fus sans reconnaître mon frère, parce que ses habits étaient différents de ceux que je lui avais vus peu de temps auparavant, de sorte que ce fut lui qui me reconnut le premier.

« Cher frère, me dit-il, que mon malheur ne t'afflige point; c'est le sort que me promettait mon métier. Faismoi enlever d'ici promptement, car je n'ai que peu d'heures à vivre. » Tandis qu'il me parlait on m'avait raconté l'affaire. Je lui répondis avec cette concision que dételles circonstances commandent : « Frère, voici la plus grande douleur que je doive ressentir dans toute ma vie ; mais sois tranquille ; car, avant que tu ne puisses plus voir celui qui t'a frappé, ma main t'aura vengé. y> Tel est le sens des brèves paroles que nous échangeâmes.

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